Liquidation d'Air Afrique :
Une affaire à milliards qui tarde à se dénouer Bloquée depuis plusieurs mois, la procédure de liquidation d'Air Afrique mobilise à nouveau. D'abord les travailleurs concernés qui préparent un plan d'actions, mais aussi les autorités qui recommencent à mettre leur nez dans le dossier.
Les ex-travailleurs d'Air Afrique entendent ne plus rester dans l'expectative. Depuis deux ans que la procédure de liquidation de la défunte compagnie dure, ils ont décidé de se lancer dans un plan d'actions, pour lequel la grève de la faim n'est pas exclue. Ils sont sept cents à sept cent cinquante «ex-Air Africains» à ainsi attendre la fin d'une liquidation qui dure.
L'évocation de leur dossier dans la presse ces derniers jours a été néanmoins suivie d'une rencontre, vendredi, avec le ministre du Tourisme et des Transports aériens. M. Ousmane Masseck Ndiaye, apprend-on de source proche du Syndicat des transports aériens du Sénégal, a promis de réunir, demain mardi, tous les acteurs impliqués dans le processus de liquidation (syndicalistes, syndics, Agence nationale de l’aviation civile…) pour une relance de la liquidation.
Si cette opération qui doit aboutir au paiement de leurs indemnités de licenciement n'aboutit pas, les ex-travailleurs de la multinationale africaine n’excluent pas l'arme de la grève de la faim. «Puisque c'est un moyen de lutte pour se faire entendre, certains camarades accepteront de se sacrifier pour d’autres», a indiqué le secrétaire général du Sutas, M. Bayla Sow. «Nous avons travaillé 5 ans voire 30 ans à Air Afrique. Nous ne réclamons pas quelque chose que nous n’avons pas mérité. Le jour où les syndics nous payeront nos droits, on entendra plus parler des problèmes des indemnités de licenciements, des problèmes des travailleurs d’Air Afrique», lance-t-il.
Le plan d’action que déploient les «ex-Air Africains» a commencé avec la campagne de sensibilisation entamée la semaine dernière avec la sortie d’une déclaration. Suivront une lettre ouverte, un point de presse, des assemblées générales de mobilisation sectorielle et une assemblée de mobilisation de tout le personnel de transport aérien. On parle aussi d'une marche.
Dans ce dossier, des accusations ouvertes sont portées contre le syndic ayant la charge du dossier. Mais aussi contre les autorités dont le silence est condamné. Dans une contribution publiée par Walf dans son édition de vendredi dernier, Bayla Sow s'interroge sur l'attitude des syndics. Car la liquidation d'Air Afrique porte sur des milliards. «Le premier syndic, Alia Diéne Dramé, qui a eu à gérer ce dossier de novembre 2002 à novembre 2003, avant que les deux autres ne soient nommés par la justice, ne connaît pas le transport aérien», dénonce Bayla Sow.
A suivre le secrétaire général du Sutas, ce ne sont les syndics qui se plaidraient de voir la liquidation s'éterniser. «Chaque syndic reçoit 1million 500 000 francs par mois à titre d’honoraires». Sans compter que sur la vente de l’Immeuble qui abritait le siège de la compagnie à Dakar, à la place de l'Indépendance, pour 1 milliard 650 millions de francs Cfa, ils ont 3 % de commission. Soit 70 millions de francs. Devant cette affaire qui dure depuis deux ans, M. Sow s'interroge sur le fait que l’Etat du Sénégal n'engage pas une procédure de dessaisissement des syndics pour les remplacer. D'autant que le montant des biens laissés par Air Afrique, avions et maisons, couvre les indemnisations. «Le Sénégal a récupéré à Dakar près de 50 % des biens de la compagnie», souligne M. Sow. Et pourtant, dans d'autres Etats membres de la défunte Air Afrique, la liquidation est terminée. «Pendant 9 mois, nous avons fait preuve de beaucoup de compréhension, sommes allés voir les autorités, mais comme d’habitude, le discours servi reste le même».
Derrière cette bataille pour récupérer leur dû, les ex-agents nourrissent bien des projets de réinsertion des travailleurs. Au-delà de la libéralisation du handling à l'aéroport, qui a permis la réinsertion d’à peu près 400 personnes, dont une vingtaine à Air Sénégal international,«de la compétence et de l’expérience qu'on ne ramasse pas dans la rue» dorment encore. Dans ce beau monde, on retrouve des ingénieurs du transport aérien jusqu'au personnel d'appoint. C’est pourquoi, un projet de mise sur pied d’une compagnie aérienne avait été lancé. Elle avait même un nom : Ligne africaine de l’intégration (Lai).
Selon M Sow, le projet est déjà très avancé, car ayant reçu les amendements et les orientations de l’Apix. Ce qui reste pour la compagnie aérienne Lai, c’est l’agrément et la licence d’exploitation. Et sans doute que si la liquidation était effective, les ex-agents d'Air Afrique auraient de quoi y mettre leurs billes. Si ce dossier tarde, Bayla Sow ne veut accuser l’Etat de le laisser en l'état pour protéger Air Sénégal d'un éventuel concurrent. «Il est possible entre Lai et Air Sénégal International de voir comment se compléter pour récupérer des parts de marché importantes en matière de transport et de tourisme. Cette politique de complémentarité entre ces deux compagnies doit être étudié par l’Etat. Car la mise sur pied de la compagnie Lai doit aider à recruter les hôtesses et les stewards d’Air Afrique qui sont actuellement au sol avec leur expérience», poursuit M. Sow.
En plus, les travailleurs avaient envisagé la réouverture du Centre de formation et du Centre de maintenance d’Air Afrique. Cette dernière «aurait permis de réinsérer presque 100 à 150 personnes», alors que le volet formation aurait pu prendre en charge «tous les métiers du transport aérien notamment les hôtesses, les stewards, de même le pilotage au premier degré». Mais ce projet traîne.
Peut-être qu'en relançant les discussions avec les autorités, les Air Africains vont enfin pouvoir redécoller.
AIR SENEGAL - Bayla Sow, secrétaire général du Sutas, défie quiconque de lui dire que Air Sénégal International a recruté plus de vingt agents d’Air Afrique. «Le directeur d’Air Sénégal International avait parlé de cinquante agents. C’est faux. On connaît ceux qui ont été réinsérés et qui étaient à Air Afrique. Ils n’étaient pas vingt-six et ont été remerciés. Non pas pour des fautes professionnelles, mais parce que leur contrat à durée déterminée a expiré».
LEGENDE
L'immeuble d'Air Afrique à Dakar : il a été vendu à 1,6 milliard. D'autres biens existent, dont la vente aurait permis de poursuivre les indemnisations des travailleurs licenciés.
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