Transformations des produits agricoles :
Le Cilss se dote d’une stratégie pour l’émergence d’unités agro-industrielles
Cinquante ans après les indépendances, les pouvoirs publics n’ont toujours pas accordé une importance soutenue à la transformation des produits agricoles. Du coup, la demande de produits agricoles importés n’a cessé d’augmenter au fil des années. Pour renverser cette tendance, le Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss) vient de valider le document de base de la stratégie opérationnelle de développement de l’agro-industrie au Sahel et en Afrique de l’Ouest.
Au Sahel et en Afrique de l’Ouest, l’importance que revêt le secteur agricole dans les économies nationales n’est plus à démontrer. A titre illustratif, selon la fiche technique du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss), le secteur agricole contribue pour environ 60 % de la main d’œuvre totale, 20 % des exportations totales, 17 % du Pib et 80 % des besoins alimentaires des populations. Malgré cela, l’insécurité alimentaire demeure récurrente dans certains pays du Sahel et de la sous-région. Ainsi, depuis 2007, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest traversent une crise alimentaire conjoncturelle caractérisée par la flambée des prix des denrées de première nécessité.
D’après l’état des lieux fait par les experts du Cilss dont le siège est à Ouagadougou, au Burkina Faso, plusieurs facteurs sont à l’origine de cette situation. ‘Cette hausse des prix touche prioritairement les populations urbaines, dont une partie importante de l’alimentation provient des importations. En effet, avec l’explosion démographique des centres urbains, le changement des modes de vie des citadins à la recherche de produits de qualité et prêts à cuire et les importations massives de blé et de riz à faible coût dans les années 80 et 90 ont détourné les sahéliens des villes de la consommation des céréales locales. L’agriculture commerciale a été délaissée depuis une vingtaine d’années des priorités des politiques au profit des cultures d’exportation’, lit-on dans l’étude réalisée par les experts du Cilss. Au même moment, la demande des produits alimentaires importés n’a cessé d’augmenter, affectant fortement les budgets nationaux des Etats du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.
La flambée des prix des produits alimentaires sur le marché mondial depuis 2007 avec son lot ‘d’émeutes de la faim’ un peu partout, a relancé le débat de l’urgence et la nécessité de trouver des réponses techniques endogènes qui permettent d’assurer la sécurité alimentaire des populations, en particulier celles urbaines au Sahel et en Afrique de l’Ouest. En plus des efforts déployés par les Etats pour diminuer la dépendance aux produits alimentaires importés à l’image de la Goana au Sénégal et la relance de la filière riz au Mali, le Réseau de prévention des crises alimentaires du Cilss avait engagé une réflexion depuis 2008, pour voir les voies et moyens de ‘promouvoir et mettre en œuvre des politiques de transformation agro-alimentaire en tant que moteur tirant la production agricole locale, créant des emplois locaux et redynamisant le marché régional de produits agro-alimentaires’. C’est ainsi que le Cilss a engagé dans quatre pays (Burkina faso, Guinée, Mali, Sénégal), depuis 2008, une étude sur la capitalisation des expériences réussies en matière de transformation agricole. Cette étude a donné naissance à un document de base de la stratégie opérationnelle de développement de l’agro-industrie au Sahel et en Afrique de l’Ouest.
L’atelier de restitution et de validation de cette nouvelle politique a pris fin hier à Dakar. Une quarantaine de personnes représentant les acteurs du secteur de la transformation, des partenaires techniques et financiers, une délégation de l’Uemoa, de la Cedeao, et des organisations professionnelles prennent part à l’atelier. Pour le secrétaire exécutif du Cilss, le Pr Alhousseini Bretaudeau, ‘le Cilss a pris la mesure de l’importance de la transformation des produits locaux depuis les années 90 avec la mise en œuvre, de 1994 à 2004, du Programme régional de promotion des céréales locales au Sahel (Procelos) et de l’Unité pour la promotion des Petites et moyennes entreprises (Uppme)’. Et, précisera-t-il, l’ambition de son organisation est ‘de contribuer significativement à mettre un terme à cette tendance à la consommation de produits importés dans les zones urbaines’.
Abondant dans le sens, le directeur de cabinet du ministre de l’Industrie, des Mines et de la Transformation alimentaire, Mar Lô, dira que ‘dans cette situation dite de vie chère, nous devons nous interroger sur les habitudes alimentaires de nos populations et surtout celles des villes qui abandonnent de plus en plus les plats traditionnels au profit de mets faits à partir de produits importés’. De l’avis du représentant de Me Ousmane Ngom, ‘la réflexion sur la transformation des produits locaux en Afrique de l’Ouest doit prendre en compte toutes les dimensions pour l’émergence d’une industrie agro-alimentaire dynamique’. Il a promis que la stratégie opérationnelle de développement de l’agro-industrie au Sahel et en Afrique de l’Ouest va désormais ‘éclairer la route de la transformation des produits agricoles’.
Mamadou SARR
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