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Racisme et xénophobie dans les stades : Tare sportive ou aveu d’impuissance


Le sport en général, en particulier le football, ‘sport roi’ à travers la planète qui fédère autour de sa médiatisation des millions de spectateurs, notamment lors des compétitions internationales telle que la Coupe du monde, n’arrête pas de défrayer la chronique, de susciter suppliques et supputations au point de donner le tournis aux instances sportives européennes, voire internationales du fait de son mal récurrent : le racisme et la xénophobie dans les stades. Il est vrai que la perfidie du racisme et de la xénophobie dans le milieu sportif et ses effets collatéraux, allant de la souffrance psychologique, de l’humiliation, voire du rabaissement humain sans oublier les séquelles et le traumatisme psychique ne sont pas à démontrer. Il est tout aussi vrai que le racisme, comme bêtise humaine, n’est pas l’apanage exclusif d’une race ou d’une autre. Et de ce point, il ne saurait y avoir une échelle de mesure entre la race la plus raciste et la moins raciste.

Cependant, force est de reconnaître que ce ‘fléau des enceintes sportives’ constitue l’un des maillons faibles du football européen en dépit des différentes campagnes d’opinion et de lutte entreprises depuis maintenant quelques décennies par les instances ad hoc. Pour certains commentateurs, la haine raciale qui s’exprime dans les stades reflète l’influence des groupuscules néo-nazis sur ce milieu. Dans toute l’Europe, des groupes de ‘pseudo supporters’ exsudent la même haine du joueur étranger, ‘bouc émissaire’ pris à partie par ses propres supporters quand les résultats du club ne sont pas au rendez-vous ou comme arme de déstabilisation du camp adverse. Fondée sur l’antagonisme, la culture de certains clubs de supporters exige de recourir à ‘l’insulte efficace’, à la provocation la plus pertinente, celle qui saura le mieux blesser. Ils gravitent autour de certains grands clubs, entre autres l’Atletico de Madrid, le Real de Madrid en Espagne, le Lazio et le Milan Ac en Italie.

En Angleterre, berceau du hooliganisme, le racisme des supporters existe toujours. Il a seulement changé de forme. Dans les années 70 et 80, les supporters accablaient d’injures les joueurs de couleur. Même si les années 90 à 2000 n’ont engendré qu’une partielle accalmie du racisme dans les stades, cette lancinante question renaissant de ses cendres perfides dont se fait écho les tabloïds anglais. Pour mémoire, on se rappelle des démêlés de l’international français Patrick Viera lors de son passage à Arsenal dans le championnat anglais avant d’atterrir du côté de l’Inter de Milan. En effet, un joueur de West Ham, l’un des club londoniens, avait été sanctionné pour ses propos racistes : lors d’une algarade au cours laquelle Patrick Viera lui avait craché dessus, il avait répliqué en traitant son adversaire de ‘French prat’ (petit con de Français) qui ‘sentait l’ail’. A l’époque, Harry Redknapp, le manager de West Ham, avait alors pris la défense de son joueur : ‘Quelle absurdité de le punir pour si peu’, avait-il commenté. ‘Tout cela n’est qu’une blague’, avait-il conclu comme pour une façon de banaliser l’affaire. Ce sont là des propos qui ne sont pas loin de ceux du sélectionneur espagnol, Louis Aragones, qui en ‘adepte de parole fielleuse,’ pensait stimuler l’un de ses joueurs en proférant une diatribe quelque peu déplacée à l’encontre de Thierry Henry.

En Angleterre, la fermeté des campagnes d’opinion condamnant ces manifestations ont fini par porter leurs fruits au point de voir une telle violence se résorber avec à la clef 3 000 interdictions de stade.

Les ‘délinquants de stade’ fichés par les instances de la police devant se présenter au commissariat pour notifier leur présence les jours de match. De même, la majeure partie des clubs d’Outre-Manche comme Chelsea ont apporté leur pierre à l’édifice de la lutte contre le racisme, en créant des hotlines pour dénoncer les supporters qui entonnent des chants ou cris et injures racistes dans les gradins. Apparemment, ce pragmatisme coercitif du modèle anglais qui consiste à étouffer dans l’œuf ‘l’embryon du mal’ ne semble pas faire des émules dans d’autres stades européens.

Le phénomène s’est banalisé en Italie et en Espagne. Souvent, les joueurs noirs sont accueillis par des grognements supposés imiter des cris de singes quand ce ne sont pas des joueurs d’origine juive qui se font traités de ‘sale juif’, incitant des supporters du Lazio à dérouler face à leurs rivaux locaux une banderole sur laquelle on pouvait lire : ‘Auschwitz est votre pays, le crématoire votre foyer’.

Cris de singes, jets de banane, insultes et crachats contre les joueurs étrangers notamment de couleur sont devenus monnaie courante. Déjà, en novembre 2005, l’Ivoirien de Messine, Marc-André Zoro, excédé par les insultes racistes de supporters de l’Inter Milan, avait eu l’intention de quitter le terrain lors du match Messine-Inter Milan. En 2006, le Camerounais Samuel Eto’o avait voulu quitter la pelouse en raison des cris de singes qui lui étaient adressés par les supporters de Saragosse. Il a fallu l’intervention de ses coéquipiers pour l’en dissuader.

En France, des clubs tels le Psg et sa fameuse tribune de Boulogne, dans laquelle certaines minorités raciales sont ‘indésirables’, Bastia et récemment le Fc Metz ont fini par convaincre les plus optimistes dans la lutte contre ce phénomène que le ver est encore tenace et coriace dans le fruit.

Suite à ‘l’affaire Abdeslam Ouaddou’, capitaine de Valenciennes qui a fait l’objet de propos raciste de la part de Christophe H lors du match Metz-Valenciennes, il y a eu une levée de bouclier des instances politiques et sportives françaises pour dénoncer et condamner de façon unanime de vive voix ‘l’attitude lamentable et imbécile de quelques énergumènes qui ne peuvent être qualifiés de supporters’. Si la polémique suscitée par cette résurgence du racisme dans les stades de la Ligue 1 a le mérite de soulever l’exigence absolue et l’urgence de la mise de mesures fermes et dissuasives pour bouter hors des enceintes sportives des individus qui veulent y apporter le racisme et la violence, la réalité nous dessille les yeux.

La prégnance du racisme dans les stades de Ligue 1 apparaît comme un naturel que l’on chasse mais qui revient vite au galop. En effet, au moment où l’ensemble des clubs de la ligue, en réaction contre cette dérive du match Metz-Valenciennes, ont décidé de jouer serré lors de la 26e journée contre le racisme en arborant des tee-shirt immaculés sur lesquels était ‘Racisme, plus jamais ça’, du côté de Bastia, lors du match opposant le club corse à Libourne-Saint-Seurein, on pouvait lire sur deux banderoles de certains supporters bastiais : ‘On n’est pas raciste’ ‘la preuve on t’encule’. En fait, ces mots sont adressés à l’attaquant burkinabé de Libourne Boubacar Kébé qui avait déjà fait l’objet d’insultes à caractère raciste lors du match aller en dépit de son absence sur le terrain pour la présente rencontre. A l’époque, le joueur avait répondu à ces insultes par un ‘doigt d’honneur’ ; ce qui lui avait valu un carton rouge. Le club corse a ensuite été condamné par la commission supérieure d’appel de Fédération française de football qui lui a retiré un point au classement. Certes, une première dans l’histoire du football français, mais apparemment pas assez draconienne comme mesure pour enrayer le ‘péril raciste dans les stades’.

Au demeurant, la Ligue professionnelle de football, bien qu’elle n’ait de cesse arrêté d’examiner de tels cas par sa commission de discipline, peine à y mettre un terme. Du reste, à défaut de faire aveu d’impuissance, ce serait illusoire de croire que le retrait d’un point de pénalité aux clubs qui ‘hébergent’ ces caïds des gradins est la solution idoine face à l’ampleur du phénomène. Cette récidive du club corse, pour peu qu’elle soit marginale, constitue en soi un joli pied de nez aux différentes sanctions préconisées en l’espèce au sein des instances de l’Uefa et de la Fifa.

Comme à chaque fois que des manifestations de racisme et de xénophobie se font écho dans différents stades, l’Uefa et le comité exécutif de la Fifa nous servent sur le plateau de l’indignation et de la dénonciation leur sempiternelle déclaration comme une potion soporifique pour atténuer la polémique, le temps que le spectacle reprenne avec ceux-là même qui jadis avaient subi l’outrage. Cette stratégie de l’autruche consiste à lorgner beaucoup plus du côté des sommes faramineuses générées par le ‘sport roi’ quand bien même il développerait en son sein les germes de la violence en condamnant timidement ‘les manifestations publiques de racismes sur les terrains, dans les gradins ou hors du stade’.

Reste à espérer que ces instances internationales du football prennent à bras-le-corps le racisme, véritable serpent de mer, en mettant à exécution les sanctions qu’elles avaient prévues à cet effet : suspension de terrain jusqu’à la rétrogradation en division inférieure, voire la disqualification des compétitions à élimination directe.

En définitive, il faut une synergie des instances qui dirigent le football à toutes les échelles, nationale, internationale pour la mise en œuvre d’une politique commune de lutte contre ce fléau qui gangrène le milieu sportif. C’est la seule alternative qui vaille pour éviter de se perdre en conjectures ou en vaines incantations, au risque de voir les valeurs positives de sportivité, d’unité, d’amitié cédées la place à une spirale de violence. Il faudrait revenir à ces fondamentaux du sport pour que triomphe le spectacle au détriment de l’invective, de l’humiliation ; car ce qui rehausse la beauté du geste, c’est justement cette diversité raciale des acteurs.

Mouminy CAMARA Docteur en Sciences de l’information et de la communication Consultant sur les phénomènes de violence. Ecole lyonnaise en sciences de l’information et de la communication (Eloci) Université Lumière Lyon 2. cmouminy@hotmail.com

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