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Contrôle physique des personnels enseignants : Encore un saupoudrage


La campagne de contrôle physique des personnels enseignants a pris fin et d’après la presse, elle a permis de déceler une certaine fraude orchestrée par des Ia et des Iden. Aux dernières nouvelles, des sanctions commencent à tomber et une certaine presse semble applaudir des deux mains. Nous ne pouvons pas cracher dessus, car en cette période de crise où les recettes de l’Etat sont en baisse de plus de 100 milliards, nous dit-on, chaque franc du contribuable doit être contrôlé avec efficience, de son prélèvement à son utilisation. Mais il faut se rappeler un certain nombre de choses et se poser un certain nombre de questions.

Au Sénégal hélas, on oublie vite, trop vite même, on préfère vociférer sur des sujets futiles, mais on ne prend presque jamais le temps de s’informer et de s’investir sur des questions aussi cruciales pour une République que la gestion de ses deniers. La presse comme assez souvent y va avec une grande légèreté qui dénote du manque d’investissements que ces questions requièrent. Les ‘intellectuels’ se signalent par un silence inquiétant s’ils ne s’empressent de retrousser leurs manches pour défendre le diable, et le petit peuple abusé et impuissant, ne sachant quelle attitude adopter, n‘a que ses yeux pour pleurer.

En octobre 2007, dans sa livraison du vendredi 19, le quotidien L’Observateur faisait état d’une fraude au ministère de l’Education (Me) portant sur 750 ordres de service destinés à des ‘volontaires de l’éducation’. La même année, un enseignant recruté à l’Ia de Thiès sur la base d’une attestation de Bac qu’il a reconnu avoir achetée à 200 000 F a été arrêté à la suite d’une dénonciation anonyme. En 2006, un audit des personnels du ministère de l’éducation a été commandité par le ministère de l’Economie et des Finances (Mef) dans le cadre de l’audit technique et financier du système de gestion de la solde. D’après le bulletin de liaison et d’information Minerve no 7, cet audit a permis d’arrêter le mandatement de salaires de deux agents en position de retraite, d’un agent radié depuis 1987 et de récupérer près de 900 postes budgétaires à travers les radiations et détachements.

Dans une contribution de la Direction de la fonction publique publiée lors de son séminaire des 27, 28 et 29 mars 2008, on peut lire : ‘La Direction de la fonction publique est régulièrement saisie de demandes d’intégration dans les catégories de contractuels chargés de cours ou des professeurs contractuels, sans que même le ministère de Education et celui de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle n’en maîtrisent le nombre’. Plus loin, dans ce même document, on peut toujours lire : ’Les remplacements de volontaires posent aussi problème dans la mesure où les Iden en abusent en transmettant des dossiers de remplaçants qui n’auront effectué que quelques mois, voire même quelques jours de volontariat et qui devront, par la suite, bénéficier d’un contrat.’ Et enfin, toujours dans ce même document, on peut lire : ’Aussi la Direction de la fonction publique est au regret de constater qu’aucune initiative n’est jusqu’à présent prise, pour l’associer dans le recrutement des vacataires, conformément aux directives de Monsieur le président de la République et de Monsieur le Premier ministre contenues respectivement dan les lettres no 0525/PR/CAB/SP du 07 juin 2006 et 2819/PM/CAB/ED du 19 juillet 2006. ’.

Autant de manquements que nous avons dénoncés en vain pendant de longues années au niveau de l’Alliance pour la défense de l’école publique et des travailleurs (Adept). Le problème de l’éducation n’est pas seulement un problème d’hommes, il est d’abord et surtout, un problème structurel. Tout est organisé de sorte qu’aucun contrôle fiable ne soit possible.

Dans une contribution publiée par la presse en mai 2008, j’attirais l’attention de l’opinion sur la non conformité des chiffres annoncés par le Me et la Direction de la fonction publique sur les effectifs des personnels enseignants sans que cela ne suscite aucun intérêt pour personne. Tous ces indices concourent à mettre à nu l’état de déconfiture dans lequel se trouve le système de gestion et de contrôle des fonds destinés à l’éducation.

Comment comprendre que les salaires des enseignants non titulaires - 40 000 ou plus, personne ne sait le nombre - soient administrés par la Direction de l’administration et la gestion de l’équipement du ministère de l’Education (Dage/Me) et non pas par le Service de la solde du Mef ? Comment expliquer le refus systématique du Me de délivrer des bulletins de solde aux enseignants non titulaires alors qu’un accord a été signé dans ce sens depuis janvier 2005 avec les syndicats ? Comment accepter le non-reversement des cotisations sociales prélevées sur les salaires des corps émergents (Ce) à l’Ipres et à la Css ? Comment justifier l’entêtement du Me à confisquer une cotisation syndicale sur les émoluments des Ce sans emporter l’assentiment des intéressés. Comment expliquer que carte blanche soit donnée aux Ia et Iden pour recruter à toute époque de l’année, afin de faire face à leurs besoins, sans aucun contrôle adéquat ?

Le malheureux Ia de Matam n’est qu’un bouc-émissaire, un agneau sacrifié pour faire taire les plus sceptiques quant à la réelle volonté des autorités d’assainir le management des fonds destinés à l’éducation. A la lumière de l’exposé de tous ces indices, il coule de source que la responsabilité des plus hautes autorités est engagée. Mais comme toujours, ici comme ailleurs, ce sont les plus naïfs qui paient pour les autres. Les pilleurs de deniers publics ou mange-mil, pour reprendre l’autre, sont toujours là, tapis dans les arcanes de l’Etat. Ils attendent que l’orage passe et, croyez-moi, ils vont encore frapper ; parce qu’ici, pourvu qu’on soit dans le bon camp, on peut tout se permettre sans jamais être inquiété.

Contrairement à ce qu’on nous fait croire, les missions d’audit sont juste un prétexte ou bien une couverture pour arrêter ceux qui ont été démasqués par d’autres méthodes et pour d’autres raisons. Les 6 millions que le ministre dit avoir dépensés pour ces missions, ont été gaspillés. On ne peut pas démasquer un agent fictif avec la méthode utilisée. Comment cela s’est-il passé en réalité ? Les enseignants de plusieurs établissements d’une même circonscription ont été convoqués dans un même centre, et pour tout contrôle, il fallait vérifier que les informations figurant sur la pièce d’identité de l’agent contrôlé correspondaient aux informations contenues dans le document détenu par le contrôleur. Quelle farce ! Comment peut-on savoir, dans ces conditions, qui est enseignant et qui sert où ?

Ce contrôle tant médiatisé n’est en fait qu’une autre opération de charme destinée à l’opinion et aux bailleurs. Nous le savons tous, mais il faut bien que quelqu’un le dise pour relancer le débat. Ne nous faisons pas d’illusions, car comme à chaque fois, de telles réflexions suscitent tout au mieux quelques commentaires passionnés pendant quelques jours tout au plus, avant d’être mis aux oubliettes. C’est aussi ça le Sénégalais.

Cheikh DIOP Secrétaire administratif de l’Alliance pour la défense de l’école publique et des travailleurs (Adept). cheikhgdiop@yahoo.fr

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