S’approprier le monument de la Renaissance par l’exaltation du substrat et de la finalité nègres de la civilisation universelle
(…) On ne sait quelle ‘mouche’ a piqué le président Abdoulaye Wade, quelle visitation bienheureuse l’a catapulté Souveneur de la conscience noire, ce qui est sûr est qu’à l’image de ses vénérables prédécesseurs trônant sur leurs miradors d’éternité, la postérité s’en souviendra, si toutes les dispositions sont prises pour que tout y soit à la place qui sied, selon la perspective eschatologique nègre de la fin de l’histoire. Ce n’est donc pas céder à une quelconque apologie que de ne trouver rien à dire sur l’opportunité dudit monument, même si du point de vue formel, il est vrai, davantage d’adéquation avec une symbolique négro-africaine classique, que réclament certains, aurait pu apaiser quelques raidissements et susceptibilités et mieux faire passer la communication. Mais dans la vision du président Wade, si tant est qu’il y a vu quelque chose, s’agit-il uniquement d’un ancrage dans la tradition, ou plutôt d’un enracinement comme pré requis à un envol vers l’universel, comme semble le montrer le doigt pointé (vers l’universel) de ce môme (postérité) bien ceinturé par la vigueur d’un père, lui-même bien arrimé à son piédestal (traditionnel) et renforcé par la présence d’une compagne émancipée (chevelure au vent), symbole de la rencontre et du métissage des nations comme gage de l’intercompréhension universelle du rendez-vous de l’universel ?
Quoi qu’il en soit, pour ce pavé jeté dans l’océan multidimensionnel de l’universel, devant cette invite adressée aux lieutenances vivantes de la conscience historique et spirituelle du continent noir, réagir est une obligation pour quiconque a de la matière spirituelle et du dépôt intellectuel actualisé selon l’instant historique que nous vivons. Laisser à Abdoulaye Wade, si jamais il en nourrissait quelque velléité, par imprudence et méconnaissance de sa propre historicité et de l’équidistance principielle que postule tout signe des temps appelé à être décrypté et laissé à l’appréciation des hommes auxquels il est destiné, la possibilité de monopoliser le sens à donner au monument, exclusivement, serait avaliser des gloutonneries et des ‘boulimies’ dont on aurait que faire. La teneur de cette œuvre sera dense de la richesse de nos tempéraments spirituels et intellectuels, et de l’électricité ambiante qui se meut dans le magma des entrailles insondées de la tradition. C’est l’occasion de décliner notre identité négro-africaine dans un monde globalisé et comment cette africanité conçoit - et se conçoit dans - cette globalisation. C’est une mission fondamentale. Les défis péremptoires de cette fin de cycle historique et de la post-modernité nous contraignent à cette réflexion.
De toute façon, l’état des lieux spirituel et intellectuel de l’Afrique noire sera dressé, de gré ou de force, avant l’horizon 2030. Bienheureux celui sur qui ‘descendit’ l’injonction sacrée…, Abdoulaye Wade ou pas !
D’ailleurs, en hommage au parrain de l’université Cheikh Anta Diop, et en amont de la journée qui lui est dédiée, il nous avait paru être important de poser ce que nous considérions comme la problématique actuelle de l’égyptologie. L’histoire, selon nous, ayant rendu caduque l’illusion d’une approche scientifique du mystère de l’Egypte antique, l’heure est à la reconsidération du paradigme socle de cette superstition. Ayant été le terminal de l’ensemble du processus de la révélation, le principe dynamique de la marche historique, l’Egypte antique ne peut livrer son mystère qu’à une science du vivant qui s’occuperait d’une restitution minutieuse du processus interne et vital de la révélation, c'est-à-dire de la problématique biblique et coranique du ‘Dieu Vivant’ et de l’’Al khayyoum’ ou mystère de l’autosubsistance. On devrait l’étudier comme on étudierait un organisme vivant, parce que c’est en réalité ce qu’elle est. Toute approche scientifique positiviste et empirique court le risque de n’aboutir qu’à des chimères, tant la réalité envisagée échappe à toute durabilité, à toute manifestation finie et définitive, à toute fixité, tant que n’aura pas été consommé le cycle de la révélation dont cette énigme pharaonique est l’âme et la finalité. Et c’est là que nous voulions en venir en invitant à une réactualisation eschatologique de la démarche scientifique du professeur martyr. Le professeur Cheikh Anta Diop, pour avoir intuitionné (trop tôt ?) et débusqué la dissimulation et le déni hypocrite quant à l’africanité de l’Egypte pharaonique (cf. comptes rendus colloque d’égyptologie du Caire,1974), s’en prit vivement aux faux égyptologues, dont nommément Champollion le jeune (à ne pas confondre avec Jean François Champollion, dont il était le frère, qui a déchiffré la pierre de Rosette, stèle en granit écrite en deux langues et trois écritures, laquelle a permis un bond spectaculaire de l’égyptologie par la découverte de la correspondance linguistique entre le copte , le grec et la langue égyptienne ancienne), Maspero, Breasted, Aldred, Vercoutter, etc. Ceux-là mêmes pour qui l’identité nègre des insondables patriarches (pour l’essentiel des Sénégalais ! nous y reviendrons dans les plus infimes détails jusque-là jamais révélés) était inenvisageable (malgré le canon de Lepsius), tant leur paternité de la civilisation occidentale, par le canal greco-romain et de la renaissance occidentale, semblait irréfutable (…).
Mais, qui sommes-nous ? Quel rapport avons-nous historiquement avec la Bible, le Coran, la Torah ? Le Deutéronome ne sent-il pas quelque dissimulation vis-à-vis de l’Afrique noire ? Le Lévitique n’est-il pas la synthèse voilée de la tradition africaine ? La Genèse n’a-t-elle pas un rapport de filiation avec la ‘prophétie de Sakkarah’ du grand Djoser ? Et comment s’approprier le Monument de la renaissance africaine dans la logique bien comprise et relayée du professeur Cheikh Anta Diop ?
Il nous semble qu’hormis la somme poétique importante et prééminente (…), les grands textes de synthèse des grands penseurs, chercheurs, écrivains, les illustrations artistiques, visuelles et sonores, le plus durable est de loger la grande bibliothèque de la Renaissance dans le cœur du projet, et d’instituer un prix littéraire, un prix scientifique, un prix Wade-Renaissance pour l’apport à la Renaissance africaine, et un fonds d’accompagnement à l’édition qui soit réel, transparent et résolument engagé dans ce pour quoi il aura été créé ( ???), au lieu de penser reverser tout à des cases des tout petits, dont l’avenir est très incertain. Plus important encore est l’émotivité ambiante et poétique avec l’évocation des grandes odyssées nègres, les invites à la diaspora attendue les bras ouverts, la revendication farouche et invincible de la singularité de l’Egypte pharaonique, la reconsidération de la traite négrière, de la colonisation, des évangélisations, de l’islamisation, de la modernité globale, comme des nécessités historiques ayant été assimilées et reconverties en puissance spirituelle par le nouvel homme africain au génie ancestral restauré. Que fuse l’espérance et tonne l’angoisse vers le ciel. Que notre perplexité se fasse sentir, notre lucidité et notre espoir. Que jaillissent nos suspicions les plus suspectes, nos dénégations, nos indignations les plus vives. Que la dignité dans la souffrance soit mise en évidence, que tonne notre supplique. Des textes traditionnels les plus archaïques tels les annales royales de Sangamaar Bouré et de Thiéyaassiine Fall le premier, ou les antiques hymnes théologiques des rois Dally Diouf et Thiéndella, aux textes modernes et post modernes, en passant par les témoignages d’authenticité et de sainteté à nos fondateurs de confréries, grands cardinaux et résistants, à nos héros promus et oubliés, à nos jalons intellectuels et scientifiques, et aux textes panafricanistes majeurs.
Déployons notre fibre négro-africaine et laissons libre cours à son épanchement. Ce monument doit servir à cristalliser la température ambiante en nos âmes nègres interrogatives et perplexes quant à l’acheminement et la finalité d’un monde qui, de plus en plus, en plus en plus de domaines, semble un ‘bateau ivre’. Telle devra être la vocation de ce monument.C’est en effet toute notre saga qui devra être restituée pour donner à ce monument son vrai sens, ce pour quoi il sera, ici, en Afrique Noire, légitime et au-delà de toute atteinte.
Louis Alphonse J.SARR K.K.
Guide spirituel du Groupe Touba Salikhine
saromaadh.lajkk@yahoo.fr
|