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Changer pour périr
II - Toute la classe politique est interpellée et le Pds ou Pds/L en tête



Comme s’il n’y avait pas de répit, l’année 2010 commence déjà elle aussi avec son concert de polémiques sur certains dossiers sensibles qui préoccupent nos concitoyens. Chaque matin, l’opinion publique est secouée comme par un coup de grisou, avec une récurrence inquiétante. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle s’oriente, comme une grosse vague d’un tsunami, vers ce que notre pays a de plus précieux : son équilibre ethnico-confessionnel. Pour cette raison, et particulièrement pour celle-là, nous devons changer ; et cette obligation de changement concerne les politiciens et en premier lieu ceux de la coalition au pouvoir.

Changer, c’est d’abord veiller scrupuleusement au maintien de l’équilibre et l’harmonie entre les différentes confessions, confréries et ethnies qui composent notre Nation. C’est cela qui a fait la particularité et la force du Sénégal depuis plusieurs siècles

Changer, c’est travailler au maintien d’un équilibre social avec la mise en œuvre du ‘Trickle down effect’ pour que les fruits de notre croissance économique issus des efforts de tous soient profitables à tous et pas seulement à une classe de privilégiés bureaucratiques.

Changer, c’est faire preuve d’humilité, de respect à l’endroit des citoyens et contribuables qui doivent être les premiers bénéficiaires de nos politiques économiques ; c’est revenir au projet issu de nos 25 années d’opposition et que les Sénégalais ont fini par comprendre et adopter pour s’engager à nous porter au pouvoir le 19 mars 2000 par la grâce d’une révolution tranquille et responsable : l’alternance

Changer, c’est rectifier les déviations survenues quelques années après cette date mythique par le truchement d’une transhumance non sélective qui a hissé au podium de la gloire la plupart des vaincus socialistes que le peuple sénégalais avait vomis.

Changer, c’est revenir aux valeurs libérales et sociales qui avaient convaincu nos citoyens que le projet du président Wade et de ses alliés de la coalition Alternance 2000 allait modifier positivement le visage du Sénégal et de l’Afrique ; valeurs entre temps malmenées et mal comprises par certains Sénégalais au point d’être perçues comme des vices, comme une maladie honteuse que nous portons sur le front : Ah ces libéraux !! s’exclame-t-on partout dans les bus, les lieux publics et dans les colonnes des journaux.

Changer, c’est identifier et remettre à leur place tous ces virus qui, attirés par les saveurs et les senteurs de l’alternance, se sont accaparés du président Wade, jetant par endroit le discrédit sur ses projets, malgré leur pertinence.

Changer, c’est continuer cet apaisement et cette quête de concorde dans les relations entre le pouvoir et les différentes composantes de notre Nation (presse indépendante, société civile, Ong, confréries, etc.), afin que les questions qui préoccupent nos concitoyens fassent l’objet d’une concertation responsable et non le prétexte d’une guerre des étoiles inutiles par médiats interposées.

Changer, c’est arrêter toutes ces cérémonies mondaines ostentatoires sponsorisées par une caste de politiciens de notre famille en mal de popularité qui envahissent les salles du Sorano, du Méridien, du Cices, les stades omnisports se payant des drapeaux et des parrainages à coup de millions, aux origines souvent non avouées et dépassant visiblement les revenus légaux de leurs auteurs.

Changer, c’est donner des signaux forts dans le sens de la bonne gouvernance en imposant aux hommes politiques une déclaration publique de patrimoine consignée aux greffes de nos tribunaux, avant d’obtenir un récépissé de parti politique, un certificat de recevabilité de candidature à une élection ou de prendre une fonction publique de ministre ou de Directeur national.

Changer, c’est instaurer un véritable débat positiviste sur les grands projets tel que le Monument de la renaissance africaine. Dans les grandes démocraties, tous les grands projets d’utilité publique à caractère économique, culturel, social, scientifique, etc., font l’objet d’un vaste débat plutôt objectif et non politicien. C’est cela qui permet d’en circonscrire les impacts sur l’environnement, la santé, la psychologie des citoyens et d’atteindre un consensus. Le Monument de la renaissance africaine est pertinent car, c’est le premier symbole qui pourrait être légué aux générations futures de cette longue lutte que le peuple africain a menée pour retrouver son unité et sa dignité. Certes, les précurseurs du panafricanisme : Marcus Garvey, Sylvestre Dubois, PadMore, Kwamé Nkrumah, Cheikh Anta Diop ont laissé des écrits, mais aucun d’entre eux n’a eu la chance d’ériger un Monument qui non seulement serait une attraction touristique, mais pourrait également renfermerait un Musée où l’on pourrait collectionner et exhiber les vestiges de notre Histoire, prouvant que l’Afrique est le berceau de l’Humanité à qui elle a beaucoup apporté contrairement à ce que Hegel présumait.

Mais l’absence de concertation a biaisé le débat sur ce Monument, qui prend des relents politico-confessionnels ; et nous voilà en pleine tourmente, en train de jouer avec la dignité de plus d’un milliard de Noirs du continent et de la Diaspora. Pourtant, ce projet aurait dû faire l’objet d’une levée de fonds à l’échelle africaine afin que le paysan de Tanzanie, du Lesotho ou du Burkina, au même titre que le pêcheur de Ouakam ou de Yoff, se sente en devoir d’y investir quelques sous issus de son activité.

De même, que l’ouvrier noir américain devrait se sentir impliqué au point d’y envoyer quelques dollars issus de son labeur. Car il est question de nous tous et de personne d’autre que nous Africains. Et c’est cela qu’il faut faire comprendre à tous. Bien entendu, ce ne sont pas des hommes d’affaires véreux en quête de gain facile, qui devaient à l’origine s’impliquer dans le montage financier d’un projet si important. De quelle compétence se prévalent certains affairistes véreux pour s’impliquer dans le montage financier d’un projet d’une si haute portée historique et d’une si grande valeur culturelle ?

Le Monument de la renaissance doit être le résultat de la rencontre d’un intellectuel avec d’autres intellectuels, des artistes, des historiens et des architectes de notre continent. Ce Monument ne doit jamais être perçu comme celui des francs maçons, des musulmans, des chrétiens, des juifs ou des païens, ni celui des Massai, des Wolofs, des Bantous ou de je ne sais qui encore ; il est le Monument des Africains du Nord au Sud, d’Est en Ouest, et ceux de la diaspora, toutes obédiences confondues. Nous devons refuser que ce débat soit biaisé par l’intrusion de vulgaires spéculateurs fonciers, faux financiers sans scrupules et plutôt connus juste pour leur goût prononcé pour l’enrichissement facile et rapide.

Changer, c’est démasquer et neutraliser ce genre de personnage capable d’infiltrer et d’infecter tout projet d’utilité publique, économique, culturelle, etc, de prendre en otage toute une République. Aujourd’hui que notre continent s’apprête à célébrer le cinquantenaire de son indépendance, est-ce le moment d’hypothéquer dans un débat souvent stérile, voire même puéril, un projet aussi pertinent que ce Monument de la renaissance parce que justement, à l’origine, des virus ont travesti l’initiative.

Changer, c’est procéder à un diagnostic sans complaisance de l’état de la démocratie, la bonne gouvernance et la liberté en Afrique après 50 ans d’indépendance. Oui, nous sommes indépendants depuis 50 ans, mais sommes-nous libres ? Liberté économique, liberté démocratique ! Et l’Afrique est-elle en train de renaître ? C’est là le vrai débat. Il est souhaitable que, pendant les activités commémoratives du cinquantenaire de l’indépendance des Etats africains, au courant de l’année 2010, les intellectuels, politologues et historiens du continent ne manquent pas de l’engager à fond.

Si, le président Wade réussissait à imprimer sa vision et sa démarche à notre pays et tout le reste de l’Afrique avec la perche salutaire que constituait le Nepad, notre continent aurait pu, dans quelques années, relever la tête et regarder le reste du monde avec beaucoup plus de dignité. Mais hélas, certains sont en train de tout casser, de tout remettre en question. C’est dramatique !

Et combien de décennies faudra-t-il pour construire un leader de la trempe de Wade pour le Sénégal et l’Afrique, au moment où le continent s’achemine lentement mais sûrement vers une panne de leadership. Ceux, qui par incurie ou/et insouciance nous ont plongés dans cette tourmente, devraient réfléchir un instant sur cette boutade de Hubert Beuve Méry, fondateur du journal Le Monde : ‘Il ne faut pas que nos moyens de vivre compromettent notre raison de vivre’ au lieu de s’entêter de croire que seule ‘la fin justifie les moyens’. Peut-être qu’il n’est pas trop tard pour revenir à la raison, comme disait Kant dans sa Critique de la raison pratique, en acceptant pour de bon sa morale : ’Il faut savoir traiter l’autre tel que tu voudrais qu’il te traite’. Sachons traiter notre Peuple avec déférence, respect et dévouement si nous voulons qu’il nous le rende dans les urnes à l’avenir.

Donc ce qu’il faut changer de toute urgence, c’est la façon de faire la politique ; oui changer ou périr ! Toute la classe politique du pays est interpellée et le Pds ou Pds/L en tête. (Fin)

Dr Mamadou Lamine BA Politologue

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