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Notes de lecture
Privatisation de la violence des mercenaires aux sociétés militaires et de sécurité privées par Jean-Didier Rosi l'Harmattan 2009 277 pages
La longue marche vers la privatisation de la sécurité

Au cours des deux dernières décennies, l’environnement sécuritaire s’est largement modifié, particulièrement à cause des désengagements militaires des Etats occidentaux. Des sociétés militaires et de sécurité privées se sont engouffrées dans l’espace laissé vacant par l’inaction des Etats et jouent aujourd’hui un rôle de premier plan dans les conflits asymétriques, notamment au Moyen-Orient. Le phénomène de la privatisation de la violence armée continuera sans nul doute de croître dans les prochaines années.

L’analyse de Jean-Didier Rosi, bachelier en Droit et licencié en Sciences Politiques des Facultés universitaires Catholiques de Mons (Belgique, contribue à nourrir le débat sur la question de la privatisation de la sécurité, laquelle est trop souvent ignorée et occultée dans les milieux décisionnels, alors qu’elle mérite une attention certaine.

In fine, il ne s’agit nullement dans cet ouvrage d’inciter à la privatisation de la sécurité, mais bien de tenir compte d’un phénomène devenu réel et incontournable qu’il serait souhaitable d’insérer dans les structures de l’Etat pour éviter subséquemment une privatisation aveugle et hors contrôle. La démarche de l’auteur, qui a débuté sa carrière dans les forces armées belges, est d’analyser objectivement la situation actuelle en partant de l’histoire des mercenaires depuis l’antiquité égyptienne jusqu’au 21e siècle, de dresser des parallèles entre les différentes époques, de pointer du doigt les avantages et inconvénients de la privatisation de la violence armée et d’ouvrir une réflexion sur l’avenir des Sociétés militaires et de sécurité privées. Ce livre se décompose en trois parties : Dans un premier temps, l’auteur parcourt près de cinq mille ans d’histoire de l’humanité en essayant de comprendre pourquoi et comment le mercenariat a évolué au fil des siècles, passant d’un modèle artisanal à un modèle entrepreneurial et vice-versa. Il verra que, selon les époques, le terme ‘mercenaire’ a recouvert des significations différentes de celle qui est communément admise aujourd’hui.

Il verra également que toutes les formes de mercenariat ne sont pas forcément néfastes et/ou criminelles, son but n’étant pas de revisiter l’histoire des mercenaires dans le détail. Dans la seconde partie, il s’intéressera plus précisément au mercenariat entrepreneurial et industriel constitué par les Sociétés militaires et de sécurité privées (Smsp). Il tâchera notamment d’analyser les raisons qui ont conduit les Etats industrialisés à s’engager dans la voie de la privatisation de la violence armée, il s’arrêtera sur les aspects législatifs du mercenariat et sur le recours aux Smsp dans le cadre de la politique étrangère des Etats-Unis, particulièrement après le 11 septembre 2001. Enfin, il consacrera la dernière partie à tracer quelques pistes de réflexion pour l’avenir à moyen terme des Smsp et notamment de leur rôle potentiel dans le cadre de la société civile ou dans celui d’opérations humanitaires. La Légion d'honneur, fer de lance des opérations extérieures de la France. C’est en réalité sous l’Ancien Empire égyptien (+/- 2640 à 2160 AC) que sont apparus les premiers mercenaires. Cette pratique du mercenariat s’est développée à partir du moment où les civilisations antiques ont commencé à s’industrialiser et à commercer. A cette époque, l’Egypte était une civilisation essentiellement agricole et une grande partie de la population devait travailler aux champs ou pour la gloire des dieux et de Pharaon.

Peu de citoyens égyptiens étaient alors affectés à la défense du royaume. Au fur et à mesure des conquêtes, le commerce s’intensifiant, l’Egypte est devenue une nation de plus en plus riche attirant la convoitise de ses voisins nubiens, libyens et phéniciens. La nécessité de disposer d’une force armée plus importante s’est fait alors sentir et les pharaons se sont tournés vers des supplétifs étrangers pour augmenter de façon substantielle leurs effectifs militaires nationaux. De l’autre côté de la Méditerranée, vers 700 AC, avec le développement des Cités-Etats dans la péninsule hellénique, les tactiques de guerre se sont modernisées. La défense des cités a d’abord été assurée par des groupes de citoyens régulièrement entraînés aux manœuvres militaires coordonnées avant de revenir, sous Philippe de Macédoine, à des armées hybrides composées de ‘nationaux’ et de mercenaires payés à l’année. Le Moyen-âge européen s’ouvre avec la chute de l‘Empire romain d’Occident en 476 de notre ère. Les soldats ‘occasionnels’, lorsqu’ils ne se trouvaient pas au service d’un seigneur, se regroupaient souvent en bandes de brigands et écumaient des régions entières pour leur propre compte en attendant de trouver un nouvel emploi. Le 12e siècle a connu d’autres exemples de bandes mercenaires devenus brigands par nécessité ou par le désœuvrement.

C’est à l’occasion de la Guerre de Cent ans (1337-1453) que furent fondées les premières Grandes Compagnies mercenaires qui donneront naissance aux Condottieri de la Renaissance italienne. Dès la fin du 14e siècle, le recours de l’Italie à la suite de son morcellement, de sa faible étendue géographique et de la faiblesse de ses finances aux milices privées s’impose comme la seule solution économiquement et politiquement acceptable. Il est impensable d’aborder le mercenariat à la Renaissance italienne sans évoquer le cas particulier de la Suisse et de ses fameux gardes pontificaux notamment. A la fin du 15e siècle, à la suite des Grandes découvertes, l’océan devient un nouvel espace de conflits et de développement pour les activités mercenaires. Ainsi les corsaires peuvent être qualifiés de ‘mercenaires des océans’. Avec le 18e siècle, on est entré dans l’ère des armées nationales. A l'aube du 19e siècle, on rentrera dans celle des Légions et des régiments de volontaires. La création de la Légion étrangère française remonte au 9 mars 1831. Louis-Philippe procède au recrutement d’étrangers au service militaire de la France aux fins d’augmenter ses capacités défensives et offensives. Dès août, les légionnaires français seront envoyés en Algérie pour recevoir leur baptême du feu. Depuis la fin du Second Empire, la Légion étrangère n’a plus été engagée dans des opérations militaires sur le territoire ‘métropolitain’ et est devenu le fer de lance des opérations extérieures de l’armée française. On la retrouvera notamment au Tonkin, à Formose, au Soudan, au Maroc, en Norvège, en Indochine, puis de nouveau en Algérie et plus récemment au Tchad, en Irak, en Afghanistan. L’unification de l’Italie doit beaucoup à un mercenaire célèbre, Giuseppe Garibaldi. Lorsque la révolution éclate en Italie en 1848, Garibaldi et ses Chemises Rouges mettent leurs talents au service du roi Charles-Albert de Sardaigne et il devient le héros de toute une nation.

Les Comores, la ‘seconde patrie’ du mercenaire Bob Denard

Jean-Didier Rosi se livre à un examen munitieux du mercenariat au 20e siècle. Quelque trente mille volontaires de quarante-trois nationalités différentes se battront sur le front de la Grande Guerre entre 1914 et 1918. Les mercenaires de la décolonisation africaine font leur apparition à l’époque des indépendances des pays africains. Le 11 juillet 1960, la province du Katanga, dont le sol regorge de minerais et de diamants, déclara son indépendance sous l’impulsion de Moïse Tshombé. Celui-ci, grâce aux revenus miniers, fit appel à des mercenaires occidentaux parmi lesquels les français Antoine (Tony) de Saint-Paul et Bob Denard et le belge Jean Schramme. Tshombé les chargea de constituer une armée katangaise afin de lutter contre les troupes de l’Onu venues soutenir le gouvernement de Kinshasa. C’est durant la période de 1961 à 1963 que les mercenaires occidentaux furent surnommés les ‘Affreux’.

Fin 1964, Bob Denard revient en République démocratique du Congo à la tête d’un bataillon de mercenaires et contribue à la victoire de Mobutu sur ses adversaires. En 1975, Bob Denard se retrouve en Angola. La même année et à la demande de Jacques Chirac, Premier ministre, Denard fomente un premier coup d’Etat aux Comores qui ont proclamé leur indépendance le 6 juillet. En 1978, Ahmed Abdallah revient au pouvoir à la faveur d’un nouveau coup d’Etat dirigé par Bob Denard. A partir de là, les Comores deviennent la ‘seconde patrie’ du mercenaire Bob Denard. Il existe des mercenaires au service d’idéologies.

On ne peut pas parler de ‘mercenariat idéologique’ sans évoquer l’une des figures révolutionnaires majeures du 20e siècle, celle de Che Guevara, bien que très peu d’auteurs classent ce chantre du marxisme dans la catégorie des mercenaires. L’auteur n’a pas négligé l’étude de temps des ‘entrepreneurs de guerres’. on note que le mercenariat se professionnalise. Il a munitieusement étudié les Smsp du 21e siècle. Il a examiné spécialement les Smsp aux Etats-Unis. L’émergence et la croissance exponentielle des Smsp sont très certainement un phénomène principalement anglo-saxon. Ce phénomène touche la plupart des puissances militaires mondiales ou régionales.

En Europe continentale, la France se démarque pourtant à deux niveaux : Tout d’abord, la privatisation y est nettement moins importante qu’aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. D’un autre côté, les Smsp se distinguent de leurs homologues anglo-saxons. Les relations entre le mercenariat et le droit civil sont étudiées par l’auteur qui ne néglige pas beaucoup d’autres questions comme les relations entre le mercenariat et les droits nationaux, les raisons du recours aux sociétés militaires et de sécurité privées, les relations entre les Smsp et la politique étrangère américaine, les Smsp qui ciblent de nouveaux marchés, etc. Ce livre est une très bonne introduction à l’étude de l’histoire de la privatisation de la violence qui est passée des mercenaires aux Sociétés militaires et de sécurité privées. L’historien Sénégalais Abdoulaye Ly a publié aux Editions Présence Africaine : une brochure : Mercenaires noirs en 1957 à propos des Tirailleurs sénégalais mis tristement à contribution par le général Mangin (Force noire). Ce corps colonial de soldats a participé à la conquête des colonies françaises d’Afrique noire et à la répression des ouvriers français. Il devrait susciter des recherches approfondies sur les sociétés privées de sécurité et de gardiennage dirigées par d’anciens policiers, militaires et des gendarmes.

Amady Aly DIENG

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