Nécrologie
Décès du cinéaste Mahama Johnson Traoré : Un militant de la cause féminine s’éclispe
Son cinéma avait pour thème de prédilection la condition féminine. Mahama Johnson Traoré est décédé le 8 mars, Journée mondiale de la femme à Paris. Il avait 68 ans.
Mahama Johnson Traoré, cinéaste et scénariste sénégalais est décédé hier, lundi 8 mars, à Paris, à l’âge de 68 ans. Il est mort des suites d’une longue maladie. Sa disparition coïncide avec la célébration de la Journée internationale de la femme. C'est sans doute là un clin d'œil du destin à celui qui avait débuté sa carrière en 1968 par un moyen métrage, Diankha-bi (La jeune fille, en wolof). Cette fiction sera récompensée par le grand prix du festival du film britannique de Dinard. La filmographie de Traoré poursuivra le thème de prédilection sur la femme, avec le long-métrage Diègue-bi (La Femme) en 1970. Dernièrement le cinéaste travaillait sur le film Nder ou Les Flammes de l’honneur. Une fiction historique sur l’héroïsme des femmes de Nder, village au nord du Sénégal, qui s’étaient immolées par le feu en novembre 1819, pour ne pas être réduites en esclavage par des flibustiers maures. Il a co-écrit le scénario du film avec la réalisatrice algérienne Mariem Hamidat. Mahama Johnson Traoré était aussi un panafricaniste engagé.
Il a voulu, à travers ses films Lambaay et Réou Taax, faire prendre conscience au public africain des problèmes du continent. Le magazine des cultures africaines, Cahiers d’Afrique, qu’il a lancé en mars 2009, en marge du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), participe de cette volonté de revaloriser la culture africaine. ‘Il est temps, écrivait-il, de considérer la culture comme un véritable levier économique, capable de générer des profits substantiels, des emplois durables et, ainsi, de faire la fierté de ceux qui évoluent dans ce secteur jusque-là négligé par les pouvoirs publics’. Né en 1942 à Dakar, Mahama Johnson Traoré a suivi des études au Sénégal et au Mali. Il devient cinéaste contre le gré de son père, qui le destinait à une carrière d’ingénieur électronicien. Il suit des cours au conservatoire libre de France avant de parachever sa formation théorique par des stages à l’Office de radio et télévision française et dans des équipes cinématographiques italiennes et allemandes. Au Fespaco 2007, lors de l’hommage rendu au réalisateur ivoirien Henri Duparc, il disait, pour montrer les exigences de son métier, que ‘créer, c’est comme accoucher’. Pionnier du 7e art africain, Mahama Traoré a participé, au côtés de Sembène, à la création de la Semaine du cinéma à Ouagadougou, ancêtre du Fespaco. En juillet dernier, il a présidé le jury d’aide à la coproduction du festival panafricain d’Alger (Panaf), où huit projets de films ont été retenus pour financement.
La dépouille de Mahama Johnson Traoré est attendue à Dakar jeudi prochain. Selon ses proches, l’enterrement devrait avoir lieu vendredi au cimetière de Yoff, après la levée du corps prévue à 15 heures, à la grande mosquée de Mermoz. Paix à son âme !
Fatou K. SENE
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