Cinéma Tirailleur Marc Guèye: Ma plume, mon combat de Mariama Sylla : Sur les pas d'un vétéran de la guerre d'Indochine La réalisatrice Mariama Sylla revient sur l'itinéraire d'un d'un combattant sénégalais engagé dans la guerre d'Indochine. Son documentaire Tirailleur Marc Guèye : ma plume, mon combat a été projeté jeudi en avant-première au Centre culturel Blaise Senghor.
Le film retrace un vécu personnel. Mariama Sylla présente le parcours d'un vétéran de la guerre d'Indochine dans son documentaire Tirailleur Marc Guèye : ma plume, mon combat. Il est perçu comme un ‘devoir de mémoire’ en hommage aux tirailleurs sénégalais.
Le héros, âgé de 15 ans à l'époque, s'engage le 5 novembre 1948 dans l'armée française au septième régiment des tirailleurs à Dakar. Marc Guèye revient au Camp Xavier Lelong à Rufisque pour se souvenir de son enrôlement en 1953 pour la guerre d'Indochine. Le conflit débute en 1946. Il oppose les Forces du corps expéditionnaires français en Extrême-Orient à l'armée vietnamienne. Le Camp Xavier Lelong endroit est aujourd'hui transformé en salles de classe. Seul le portique et le baobab résistent au temps.
Répondant aux questions de la réalisatrice qui l'accompagne, le vétéran informe que ce conflit a enregistré plus de pertes pour la France que lors de la seconde guerre mondiale, avec 92 800 morts. ‘Les Vietnamiens nous disaient souvent : camarades africains vous n'avez pas honte, vous venez combattre des colonisés comme vous’, raconte le vieux Guèye à des guides rencontrés à l'embarcadère Dakar-Gorée, où les tirailleurs prenaient le départ pour les zones de combats.
L'ancien sergent regrette sa participation au conflit. ‘Si c'était à refaire, je ne serais pas partant’, dit-il dans ce long métrage de 52 minutes. Son ancien compagnon de combat à Strasbourg, Alioune Camara, actuel directeur de l'Office nationale des anciens combattants donne sa version des faits.
Le sort de Guèye n'est pas enviable. De retour dans sa maison étroite, à Sicap Mbao, il vit une situation précaire due à la cristallisation des pensions des tirailleurs.
Son combat a toujours été la publication de son livre retraçant son vécu, les affres du conflit écrits en cachette pendant la guerre sur des paquets de cigarettes.
Mariétou Diongue Diop, directrice de la Bibliothèque universitaire de Dakar souligne la frustration de l'ancien tirailleur qui a attendu 37 ans pour voir son manuscrit édité. ‘A la lecture du livre, j'étais émue, c'est un compte rendu du réel, il partage son vécu, son expérience et ses craintes, on n’y retrouve pas une volonté d'embellir les choses’, raconte-t-elle.
L'épouse du vétéran, Ndèye Anna Thiam, regrette que cette partie de l'histoire coloniale soit négligée par les programmes scolaires. ‘Les vétérans n'ont pas été honorés à leur juste valeur’, se désole-t-elle.
Selon la réalisatrice Mariama Sylla, la nécessité de faire ce film est partie de la lutte menée pendant plus de trois décennies par Marc Guèye pour voir son ouvrage à la librairie. ‘Je me suis alors intéressée à ces petites gens comme disait Djibril Diop Mambety, qui sont de grandes personnalités’, déclare la réalisatrice jeudi à la fin de la projection. Elle part du livre du héros : Marc Guèye : un tirailleur sénégalais dans la guerre d'Indochine 1953-1955, publié aux Presses universitaires de Dakar. Le film, tourné à Dakar cette année, a été projeté en avant-première au Centre culturel Blaise Senghor jeudi.
Fatou K. SENE
Tirailleur Marc Guèye : ma plume, mon combat, un documentaire de Mariama Sylla 52 minutes, 2010.
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