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Crise dans le monde rural : Quand l’exploitation familiale n’arrive plus à faire vivre son homme
Le monde rural sénégalais traverse une crise structurelle qui dure depuis plusieurs années. Conséquence, l’exploitation agricole familiale qui est la forme d’agriculture la plus répandue n’arrive plus à faire vivre son homme.

D’après les résultats de la dernière enquête démographique, plus de 70 % de la population vit dans le monde rural. Ces Sénégalais vivent essentiellement d’élevage et d’agriculture. Or depuis la sécheresse des années 70, le monde rural traverse une crise structurelle dont la conséquence directe est l’appauvrissement des ruraux. Lesquels sont obligés de quitter les villages pour les villes à la suite des hivernages improductifs. En ville, ces ruraux qui ont fui les dures conditions de vie des campagnes, s’entassent aux abords des centres urbains, donnant ainsi naissance au phénomène des banlieues. C’est pourquoi, pour bon nombre de spécialistes de l’économie rurale, la pauvreté au Sénégal est essentiellement rurale. Pour cause, l’exploitation agricole familiale qui est la forme d’agriculture la plus répandue, n’arrive plus à faire vivre son homme.

En fin connaisseur du monde rural, Ibrahima Paul Thiaw de la Fédération des organisations non gouvernementales (Fongs) que nous avons rencontré à la dixième édition de la Foire internationale de l’agriculture et des ressources animales (Fiara) qui se tient à la place de l’Obélisque (du 9 au 19 avril), estime que les maux dont souffre l’agriculture sénégalaise sont nombreux et de plusieurs ordres. ‘En milieu rural, la difficulté la plus saillante est la dégradation des facteurs de production et l’appauvrissement des terres’, souligne-t-il d’emblée. Avant d’ajouter que ‘l’exploitation intensive et les variations climatiques ont fait que les sols sont lessivés, surtout dans les régions comme Diourbel et Louga’. A cette contrainte majeure s’ajoute une autre et pas des moindres : le manque de semences en qualité et en quantité. ‘On n’a pas plus de semences de qualité. Aujourd’hui, le paysan tire sa semence de sa production, alors que la qualité n’est même pas garantie’, observe Ibrahima Paul Thiaw.

D’après lui, l’autre mal dont souffre l’agriculture sénégalaise, surtout celle familiale, est la rareté des terres cultivables. Les différentes zones agro-écologiques du pays sont aujourd’hui menacées par l’avancée de la langue salée et du désert d’un côté et, de l’autre, la pression démographique. ‘Toute la partie centrale du pays allant de Thiès à Kaolack est menacée par l’avancée de la langue salée. On ne peut plus y faire de la culture maraîchère et de l’arboriculture. Dans certaines zones du pays, la pression démographique a fait que toute la famille n’a plus une parcelle pour cultiver’, explique encore Ibrahima Paul Thiaw, responsable de programme à la Fongs à Diourbel.

En outre, il y a la raréfaction des bras valides dans les campagnes. Car, de plus en plus, les jeunes quittent les campagnes pour la ville pour tenter d’y améliorer leur quotidien. ‘Le phénomène que l’on a remarqué dans le monde rural, c’est qu’il n’y a plus que les vieux de 77 ans et les enfants de 7 ans. Les bras valides sont partis en ville pour trouver des moyens de subsistance. Les jeunes des villages copient ceux de la ville parce qu’ils ont des besoins nouveaux qu’ils ne peuvent plus trouver dans le monde rural. C’est pourquoi, ils sont obligés de trouver des ressources pour compléter leurs revenus’, analyse M. Thiaw. A cela sont venues s’ajouter l’absence de politique agricole digne de ce nom et les campagnes de commercialisation agricoles erratiques de ces dernières années. Cet état de fait est à l’origine de l’exode rural et de l’émigration clandestine avec leurs lots de réussites et de drames.

Pour apporter des solutions aux difficultés actuelles du monde rural, Ibrahima Paul Thiaw croit savoir qu’il faut des ‘actions ciblées en fonction des quarante-neuf zones agro-écologiques’. ‘Il n’est plus possible de faire la même chose partout. Il faut que les paysans prennent eux-mêmes en charge leur propre devenir en développant des stratégies d’auto-prise en charge’, avance notre interlocuteur. D’après lui, il y a une nécessité urgente de ‘professionnaliser les petites exploitations familiales en facilitant l’accès au crédit aux producteurs’. ‘Il faut faciliter l’accès au crédit à travers les systèmes de financement décentralisés pour permettre aux producteurs d’acquérir des intrats’, dit-il.

Mamadou SARR

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