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Sidy Bâ, conseiller du Ccpa : ‘La subvention est insuffisante par rapport aux attentes des paysans’

L’Etat a fixé le prix du kilo d’arachides à 165 francs, mettant une subvention de 45 francs par kilo. Mais de l’avis de Sidy Bâ, conseiller au niveau du cadre de concertation des producteurs d’arachide (Ccpa), une organisation paysanne regroupant les producteurs d’arachides du bassin arachidier, cette subvention est insuffisante, dérisoire et injuste. Sidy Bâ qui explique que le kilo coûte au paysan 192 francs, affirme qu’au lieu de 165 francs, le Cnia devrait fixer le prix du kilo d'arachide à 200 francs pour permettre aux paysans de réaliser des bénéfices et vivre dignement.

Wal fadjri : A combien estimez-vous la production arachidière de cette année ?

Sidy Bâ : Je ne peux pas vous dire avec exactitude la production de cette année. Il y a les services de la Division des analyses et de la prévision de la statistique (Daps) qui sont habilités à le faire. Mais, l’année dernière, elle était plus de 731 000 tonnes. Et nous pensons que cette année, il y aura un léger mieux. Donc, nous pouvons l’estimer entre 800 et 900 000 tonnes. C’est sera mieux que l’année dernière. Et, par rapport aux dernières années, c’est une moyenne quand-même raisonnable. Le Sénégal produit, d’habitude, entre 900 000 et 1,2 millions de tonnes d’arachides. Et cette année est assez exceptionnelle, car les pluies ont été bien réparties dans le temps et dans l’espace. Donc, en toute objectivité, on s’attend à des récoltes meilleures que les années précédentes.

Wal fadjri : Le prix du kilo d’arachides fixé par le Cnia à 165 francs vous convient-il ?

Sidy Bâ : Je suis déçu certes, mais pas surpris dans la mesure où nous avons clamé haut et fort, à qui veut nous entendre que nos coûts de production sont de 192 francs, ‘bord-champ’. Donc le producteur d’arachide travaille à perte avec des coûts de production élevés, car les semences ne sont pas gratuites, même si elles sont subventionnées. En plus, il n y a pas suffisamment d’engrais et enfin, le temps de travail que nous consacrons à cette culture est assez important, sans compter la main d’œuvre familiale qu’il faut prendre en compte. Tout cela n’est pas valorisé. Maintenant, quand nous avons calculé nos coûts de production, avec des personnes extérieures - l'Ecole nationale supérieure d’agriculture de Thiès (Ensa) - qui ne sont ni des producteurs ni des huiliers, le coût était évalué à 192 francs. Et si maintenant le Cnia (Comité national interprofessionnel de l’agriculture, Ndlr) nous propose d’acheter le kilogramme à 120 francs et que l’Etat met une subvention de 45 francs, nous disons que cela est insuffisant et dérisoire. Ce prix n’est ni juste ni équitable. Mais, cela ne nous surprend guère dans la mesure où au niveau du Cnia, ce sont les huiliers qui dictent leur loi. Peut-être, il y a le collège des producteurs, mais les gens ne sont là-bas que pour avaliser la décision de ceux qui ont l’argent, de ceux qui détiennent le capital et qui sont mus uniquement par leurs propres leurs intérêts. Ceux-là sont des capitalistes. Par ailleurs, je dis que le Cnia est une institution illégitime dans la mesure où le mandat de l’équipe qui dirige cette organisation devait prendre fin depuis le 22 décembre 2007.

Wal fadjri : Donc vous pensez qu’il y a une complicité entre le Cnia et l’Etat sur la fixation du prix du kilo d’arachide ?

Sidy Bâ : Je ne peux pas le dire. L’Etat a mis de l’argent, il a accepté de mettre 45 francs par kilo. Peut-être que le Cnia et les huiliers ont dit que l’huile d’arachide n’est pas bien cotée sur le marché mondial. Mais, s’ils calent le prix de l’arachide au Sénégal sur le marché mondial ils faussent le jeu parce qu’ils ne nous font pas manger notre huile. Tout ce que nous produisons, les huiliers l’exportent et nous importent de l’huile de soja et de tournesol de qualité vraiment douteuse. L’huile d'arachide produite au Sénégal est d’une qualité irréprochable. Elle n’est pas issue des Organismes génétiquement modifiés (Ogm). En plus, elle peut largement satisfaire le marché national et la sous-région. Si le Cnia avait fait des propositions beaucoup plus alléchantes, l’Etat pourrait mettre plus et le producteur pourrait vendre le kilo à 200 francs et, en ce moment, la lutte contre la pauvreté n’aurait plus sa raison d’être puisque les paysans seraient riches et investiront dans l’agriculture et leurs enfants auraient droit à une très bonne éducation. Mais, tel n’est pas le cas. La subvention est bonne, mais insuffisante par rapport aux attentes des paysans.

Wal fadjri : Etes-vous sûrs de pouvoir écouler toute la production ?

Sidy Bâ : Ceux qui ont repris les usines avaient pris l’engagement d’acheter toute la production arachidière, mais tel n’est pas le cas. Aujourd’hui, ils calent leurs achats sur la subvention. Ils disent que la subvention est de 13,5 milliards de francs. Alors, ils ne vont acheter probablement - je dis bien probablement - dans les meilleurs des cas, que 300 000 tonnes. 300 000 tonnes par rapport à 900 000 tonnes, il y a un gap de 600 000 tonnes. Et cette quantité-là, la consommation intérieure ne peut pas la prendre. Si les réserves personnelles et les semences sont évaluées à 150 000 tonnes, alors il y aura toujours un gap important de 450 000 tonnes. Or, dans le cahier de charges, on leur avait demandé d’acheter tout ce que les paysans présentent, pour faire vivre les quelque quatre millions de Sénégalais qui dépendent de cette culture. Malheureusement, je ne suis pas certain qu’ils vont le faire. À 250 000 tonnes déjà le compte est bon pour eux et ce n’est pas cela qu’ils avaient convenu avec le gouvernement. Je dénonce cet état de fait et demande à ce que l’Etat révise même la privatisation de ces structures, car elles profitent de la subvention de l’Etat pour décaisser de l’argent au niveau des banques de la place, acheter les graines qui sont là et les drainer au niveau de l’étranger. En ce moment-là, si le volume drainé est très important, les banques off-shore avec lesquelles ils travaillent au niveau international vont leur donner encore de l’argent. On est passé du monopole d'Etat à un monopole privé où les producteurs sont toujours les grands perdants. Les intermédiaires sont toujours indexés du doigt.

Wal fadjri : Quelle est la position du Ccpa vis-à-vis d’eux ?

Sidy Bâ : Je ne peux pas les condamner dans la mesure où ils sont plus ou moins actifs dans la filière. En plus, ce sont des nationaux qui ont leur place dans la filière, mais qui sont souvent accusés à tort. Par exemple, l’année dernière quand nos amis huiliers ont connu des problèmes financiers, les paysans se sont rabattus sur ces intermédiaires, car ce sont eux que les paysans connaissent. Les paysans ont accepté de remettre leurs graines à ces intermédiaires et même ces derniers, pour rentrer dans leurs fonds, ont connu d’énormes difficultés à cause de la dette intérieure. Ils avaient financé la première Goana à hauteur de 28 milliards de francs Cfa et ils ont eu tous les problèmes du monde avant d’être payés. Et l’année dernière, quand il n’y avait pas du tout de subvention, les paysans avaient accepté de mettre à leur disposition toute leur production afin qu’ils la vendent au niveau des usines, parce qu’à l’époque personne n’avait acheté. Ce n’était pas le ‘carreau-usine’, c’était le ‘dépôt-usine’. Ces intermédiaires ont vendu au niveau de l’usine et sont restés deux à trois mois pour rentrer dans leurs fonds alors qu’ils avaient emprunté de l’argent au niveau des banques. Il faut dire que l’année dernière, la grande responsabilité incombait à ceux qui s’étaient engagés à acheter nos graines. L’Etat devait les contraindre à respecter leurs engagements vis-à-vis des paysans, car l’arachide fait vivre des millions de Sénégalais et les rendre pauvres n’est pas juste. C’est pourquoi, l’Etat doit taper fort pour obliger les huiliers à honorer leurs engagements.

Charles Gaïky DIENE

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