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Syndicalisation des paysans : La graine qui peine à germer


Le système agricole sénégalais a connu cette année une nouvelle approche visant à mieux maîtriser le travail des paysans. Il s'agit du projet de syndicalisation des paysans qui en est encore dans sa phase de gestation. Le ministre délégué chargé de la question, Khadim Guèye éprouve beaucoup de peine pour justifier de la pertinence et de l'opportunité d'une telle initiative auprès des paysans sénégalais. D'abord, ce sont les paysans libéraux de la localité de Latmingué qui donnent le ton en fustigeant la procédure et le système de gestion de cette politique de syndicalisation du monde paysan.

Cela, en mettant en avant leur ‘désaccord concernant la mise en place des syndicats paysans à travers le pays, pilotés par le ministre délégué chargé de la syndicalisation des paysans’. Mais toujours est-il que cette sortie aux relents politiques a le mérite de lever un coin du voile sur les réelles ambitions d'un tel projet. Car, dès sa mise en place, d'aucuns avaient perçu à travers cette initiative une volonté pour le régime actuel de reconquérir une certaine manne électorale en milieu rural. C'est, d'ailleurs, sur ce que semble buter l'effectivité de son application à l'intérieur du pays. En tournée dans le Fouladou en juillet 2009, le Cncr a touché de plus près l'hostilité des paysans de cette zone à l'endroit de ce projet de regroupement syndical. ‘Une syndicalisation des paysans n'est pas viable’, soutiennent-ils. Une position justifiée par le fait que les conditions ne sont pas encore réunies pour amener les paysans à un tel niveau de structuration. ‘Sommes-nous dans les dispositions pouvant nous amener à nous manifester et à déverser nos productions dans les rues ?’, s'interrogeaient-ils. Cela, non sans faire remarquer que ‘les paysans sénégalais n'ont aucun moyen de pression sur l'Etat’. Pour ces paysans, le Cncr joue parfaitement ce rôle, en organisant le milieu rural avec des possibilités de les orienter vers les crédits.

Mais pour bon nombre d'agriculteurs, l'urgence se trouve ailleurs dans le contexte actuel. Il s'agit, avant tout de réorganiser la campagne arachidière complètement en déliquescence depuis 2000, en faisant en sorte que les opérateurs privés ne puissent plus continuer à s'enrichir sur le dos des pauvres agriculteurs. En plus, à la place d'une banque verte proposée par l'Etat, les paysans misent plutôt sur le renforcement de la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas) et l'instauration d'une assurance agricole. A ce rythme, le projet de syndicalisation des paysans semble ne pas maîtriser les urgences et les principales exigences du monde agricole. Car, la plupart d'entre eux estiment que mettre les agriculteurs dans des conditions idéales de travail, reviendrait à leur insuffler des méthodes naturelles d'organisation. L'autre aspect est que certains segments du secteur primaire comme les éleveurs ne se retrouvent nullement dans un tel projet.

Pour le moment, les autorités compétentes poursuivent leur campagne d'explication et de persuasion auprès des paysans afin de leur faire adopter ce projet. Une initiative dont le délai d'application serait dépassé et qui ne semble pas être adaptée aux vraies exigences du monde rural sénégalais.

Abdoul Aziz AGNE

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