Modernisation de l’élevage :
Les professionnels de la filière réclament la mise en place d’un code pastoral La modernisation de l’élevage requiert un changement de comportement et de pratiques. Les membres de l’antenne nationale du Réseau Billital maroobe qui regroupe sept pays africains, ont organisé, ce week-end, à Dakar, un atelier de partage et d’identification pour réfléchir sur l’avenir de la filière.
La loi d’orientation agro-sylvo-pastoral mise en place par l’Etat du Sénégal, dans le cadre de la modernisation des filières agricole et pastorale, ne prend pas suffisamment en compte les intérêts des éleveurs. La révélation a été faite lors de la réunion de l’antenne nationale du Réseau Billital maroobe (Réseau des organisations d’éleveurs et pasteurs du Sahel), tenue ce week-end, à Dakar. L’occasion choisie par les participants pour énumérer les différents goulots d’étranglement qui empêchent l’envol du sous-secteur de l’élevage dans notre pays. Ils réclament, entre autres, la mise en place d’un code pastoral, la réduction des quotas accordés aux importateurs des produits laitiers pour faciliter l’écoulement du lait local et la révision des textes relatifs à la loi sur la fourrière. Ils estiment, en effet, que les politiques de développement et les textes législatifs élaborés par le Sénégal, en matière d’élevage, sont inadaptés aux contextes et aux réalités du moment.
Selon ces spécialistes, ces textes font la part belle à l’agriculture au détriment de l’élevage. Le non-respect des droits d’accès aux ressources en eau et aux pâturages qui étaient naguère accordés aux éleveurs, est un exemple parmi tant d’autres, des difficultés dans lesquelles vivent les professionnels de ce sous-secteur. La création de nouveaux établissements humains - dont le nombre a plus que quintuplé au cours de ces cinq dernières décennies - et l’extension des espaces destinés aux cultures vivrière et de rente ont considérablement empiété sur les zones réservées aux troupeaux, restreignant ainsi les parcours servant à la transhumance. Du coup, la compétition entre agriculteurs et éleveurs pour le contrôle des ressources en eau et des terres cultivables a fait accroître les risques de confrontations intercommunautaires. De nombreux conflits, de ce genre, ont été enregistrés, aux cours de ces trois dernières décennies, au Sénégal et dans d’autres pays du Sahel. Le département de Médina Yoro Foula, dans la région de Kolda, constitue, à cet égard, un exemple qui peut servir de jurisprudence en matière de gestion de conflits entre pasteurs et agriculteurs. Des conflits latents du même genre couvent également dans certaines communautés rurales où les litiges fonciers empoisonnent les rapports entre membres de différentes communautés.
Le réseau Billital maroobe a décidé ainsi de susciter la réflexion pour jeter les bases d’une action concertée en vue de trouver les solutions idoines à leurs problèmes. Les discussions ont porté sur la sécurisation de la pratique pastorale basée sur une gestion flexible et mobile du bétail, la promotion de l’élevage par la mise en œuvre d’une politique cohérente capable d’attirer les investissements, la professionnalisation des acteurs et la prise en charge des facteurs sociocommunautaires, entre autres.
LE RESEAU BILLITAL MROOBE PLAIDE EN FAVEUR D’UN ELEVAGE MODERNE :
La mise en place des communautés pastorales autonomes comme objectif
Les participants à la rencontre de Dakar plaident en faveur d’une réorganisation du sous-secteur de l’élevage pour mettre un terme au désordre qui le caractérise, depuis les indépendances. Cela veut dire que la cinquantaine d’organisations d’éleveurs qui existent, en ce moment au Sénégal, pourraient, à terme, laisser la place à une association dynamique plus crédible. La mise en place de l’antenne nationale du Réseau billital maroobe (Rbm) s’inscrit d’ailleurs dans cette optique. ‘C’est pourquoi l’antenne nationale du Réseau billital maroobe veut susciter une réflexion sur les problématiques de l’élevage pastoral et agropastoral au Sénégal, plus précisément les questions stratégiques pour lesquelles un plaidoyer s’impose’, précisent les organisateurs de la réunion de Dakar, à travers un document remis aux participants.
Au départ, le Rbm était composé du Burkina Faso, du Mali et du Sénégal auxquels sont venus s’ajouter quatre autres pays de la sous-région. Le réseau se fixe aujourd’hui comme objectif prioritaire la mise en place ‘des communautés pastorales suffisamment autonomes au plan technique, institutionnel et économique, dans un environnement politique qui tient compte de leurs besoins, de leurs aspirations et de leurs opinions’, précise-t-il, dans le même document.
Mamadou Aliou DIALLO |