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Togo : La présidence par héritage


Le fils du président togolais Gnassingbé Eyadéma, Faure Gnassingbé, a été élu hier soir président de l'Assemblée nationale togolaise, après modification de la Constitution par les députés pour lui permettre de succéder légalement à son père décédé. Peu auparavant, les députés avaient voté la modification de deux articles de la Constitution, notamment l'article 65 portant sur la vacance du pouvoir en cas de décès du chef de l'Etat. Ils avaient ensuite adopté la destitution du président du parlement, Fambaré Natchaba Ouattara, qui devait constitutionnellement assurer l'intérim du président décédé. Diffusé en direct à la télévision nationale, le vote a eu lieu à bulletin secret, en présence de M. Gnassingbé, unique candidat, arrivé peu avant dans l'hémicycle. Reste à savoir si cette procédure pourra préserver le nouveau pouvoir togolais de la condamnation de la communauté internationale. Les réactions de désaprobation n'ont pas manqué. L'Ua parle de «coup d'état militaire» et demande le respect des règles constitutionnelles. Le président de la Commission de l'Union, Alpha Konaré, a d'ailleurs laissé entendre que «l'Ua n'acceptera jamais des mesures anticonstitutionnelles pour la succession du président Gnassingbé Eyadéma». L'Oif, présidée par l'ancien président sénégalais, Abdou Diouf, embouche la même trompette. Ces deux instances iront-elles au-delà de simples condamnations ? Les textes qui les régissent le leur permettent. L'Acte constitutif de l'Ua, fait à Lomé le 11 juillet 2000 (ironie du sort !), interdit de participation aux activités de l'Union à tout gouvernement qui accède au pouvoir par des moyens anticonstitutionnels. En outre, tout Etat membre qui ne se conformerait pas aux décisions et politiques de l’Union peut être frappé de sanctions, notamment en matière de liens avec les autres Etats membres dans le domaine des transports et communications, et de toute autre mesure déterminée par la Conférence dans les domaines politiques et économiques ?

L'Oif dispose aussi de mesures coercitives. Sa Déclaration de Bamako, adoptée le 3 novembre 2002, indique qu'en cas de rupture de la démocratie ou de violations massives des Droits de l'homme, l'Oif pourra, après un certain nombre d'actes, refuser de soutenir les candidatures présentées par le pays concerné, à des postes électifs au sein d'organisations internationales. Il peut aussi refuser la tenue de manifestions ou conférences de la Francophonie dans ce pays et suspendre les recommandations en matière d'octroi de visas aux autorités de fait et réduire les contacts intergouvernementaux. L'armée togolaise qui a intrônisé le fils d'Eydéma pour perpétuer une dynastie qui a vu le père au pouvoir pendant 38 ans, commet un acte grave pour les processus démocratiques en Afrique. Car ce ne sont pas les «héritiers en puissance» qui manquent sur le continent.

Amadou DIOUF

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