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Sanctions contre le Togo
Les premières salves sont tombées

Le signal attendu n'étant pas venu de Lomé, la Cedeao n'a pas trop tergiversé. Les mesures de représailles sont tombées malgré les dernières tentatives du régime de Faure Gnassingbé pour se justifier.

Le régime togolais, sous le coup de sanctions adoptées samedi par la Cedeao, est de plus en plus isolé, alors que les appels à la démission du nouveau président Faure Gnassingbé se multiplient au sein de la communauté internationale. Jugeant insuffisante l'annonce faite la veille par Gnassingbé de la tenue d'un scrutin présidentiel dans les soixante jours, la Cedeao a suspendu samedi le Togo de son organisation, interdit les voyages des dirigeants togolais et imposé un embargo sur les ventes d'armes à Lomé.

Ces sanctions constituent une riposte à la décision de l'armée togolaise de nommer à la tête de l'Etat l'un des fils du défunt président Gnassingbé Eyadéma. De son côté, l'Union européenne, qui n'a pas pour l'heure annoncé son intention de sanctionner à nouveau le Togo, avait déjà suspendu ses aides à Lomé en 1993 en raison d'un «déficit démocratique». A Washington, le porte-parole du département d'Etat américain a déclaré que les Etats-Unis soutenaient la décision de la Cedeao et le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a appelé à trouver d'urgence une solution à la crise dans le respect de la Constitution du pays. La France a elle aussi apporté hier son «soutien total à l'action conduite par (la Cedeao) pour obtenir le retour à la pleine légalité constitutionnelle».

Les autorités togolaises ont réagi prudemment hier à ces déclarations. Le ministre togolais de la Communication, Pitang Tchalla, a affirmé que le pouvoir n'aimait pas prendre de décisions hâtives mais qu'il réagirait, soit avec une déclaration, soit en prenant directement des mesures. «Pour le moment, nous y réfléchissons», a-t-il ajouté. Vendredi soir, Faure Gnassingbé a annoncé son intention d'organiser un tel scrutin dans le délai prévu, mais a précisé qu'il entendait rester à la tête de l'Etat pendant l'intérim. Avant cette annonce, il s'était rendu jeudi à Abuja pour essayer de convaincre le président nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l'Union africaine (Ua) et principale puissance régionale, un des plus fermes et des plus virulents critiques du «coup d'Etat» togolais.

Après l'annonce de Faure Gnassingbé, une nouvelle délégation togolaise, conduite par le Premier ministre Koffi Sama, avait refait samedi le voyage d'Abuja pour tenter de justifier la décision. «Ils sont de nouveau venus pour répéter au président (Obasanjo) ce qu'ils avaient décidé de faire au Togo, des décisions qui sont en contradiction avec ce que les autorités de la Cedeao leur ont demandé de faire. Le président Obasanjo leur a dit que c'était inacceptable», avait déclaré la porte-parole du président nigérian.

L'opposition togolaise, profitant de la levée de l'interdiction des manifestations décidée vendredi par les autorités, a réclamé massivement le départ du président investi en faisant défiler samedi dans Lomé plus de 25 000 personnes, lors de la plus importante manifestation organisée depuis le décès du président Eyadéma. Elle a annoncé qu'elle organiserait une nouvelle marche mercredi, puis tous les samedis, jusqu'au départ de M. Gnassingbé.

Aucun incident particulier n'a été signalé sur le parcours des manifestants dans la capitale où un important mais discret dispositif policier et militaire avait été déployé. Lors du rassemblement du 12 février, trois personnes avaient été tuées, selon un bilan officiel, quatre selon l'opposition. Plusieurs milliers de personnes, 12 000 selon la police, se sont aussi rassemblées samedi à la résidence présidentielle à Lomé pour apporter leur soutien à Faure Gnassingbé et présenter leurs condoléances pour le décès de son père.

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