Pour booster la croissance de la France : Le rapport Attali piste l’immigration Ouvrir le marché du travail aux étrangers, simplifier la délivrance d’autorisation de travail pour les travailleurs étrangers, faciliter l’octroi de visa aux artistes, aux chercheurs… Voilà les quelques mesures proposées par la commission pour la libération de la croissance présidée par Jacques Attali qui a remis son rapport final au Chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy.
En difficulté économique liée à la conjoncture mondiale, la France cherche par tous les moyens à renouer avec une croissance économique forte. Pour cela plusieurs pistes de réflexion sont engagées. C’est dans ce cadre que la commission pour la libération de la croissance a été crée par Nicolas Sarkozy et présidée par Jacques Attali. Cette commission, ayant fini ses travaux, a remis, hier, son rapport au Chef de l’Etat français. Un rapport qui contient 300 mesures à prendre pour booster l’économie française. Parmi ces mesures figure l’immigration. Selon Jacques Attali et son équipe, ‘la mobilité internationale, qu’il s’agisse de séjours à l’étranger des ressortissants français ou d’accueil des étrangers, participe aux conditions d’une croissance dynamique, durable et innovante’. Et ‘l’immigration a été dans le passé et peut être dans l’avenir un puissant facteur de croissance. Elle l’est aujourd’hui dans d’autres pays : l’afflux, depuis 2004, de 600 000 Européens de l’Est au Royaume-Uni a fortement contribué à la croissance, tout comme en Espagne’, notent Jacques Attali et son équipe composée de plusieurs spécialistes français et européens dans presque tous les domaines. Durant ses travaux, l’équipe d’Attali a beaucoup fait appel aux expériences des autres pays européens, notamment le Royaume-Uni, la Suède et l’Irlande qui ont ouvert leurs frontières sans aucune restriction. Alors que ‘les pays membres de l’Ue, ayant exprimé leur crainte d’une arrivée de travailleurs en provenance des nouveaux Etats membres lors de leur adhésion en mai 2004, ont mis en place des mesures transitoires avant l’ouverture complète : les États membres doivent indiquer, en mai 2006, mai 2009 et mai 2011 (date à laquelle les restrictions concernant les nouveaux pays membres seront totalement levées), s’ils ouvrent leur marché du travail ou s’ils maintiennent certaines restrictions à la libre circulation des travailleurs’, souligne le rapport. Qui précise que ‘seuls trois pays de l’Ue (le Royaume-Uni, la Suède et l’Irlande) ont ouvert immédiatement et sans restrictions leur marché du travail. Ce fut bénéfique pour la croissance’ puisque ‘le nombre de réponses positives aux demandes de permis de travail au Royaume-Uni a triplé entre 1997 et 2003’. D’ailleurs, Tony Blair, lors de son arrivée au pouvoir, rappellent les experts, a lancé un grand programme dont le slogan était ‘l’immigration profite au Royaume-Uni’. L’Union européenne est du même avis puisque sa Commission affirme, dans le rapport que ‘l’ouverture a été très positive dans ces trois pays, cette main-d’œuvre étant généralement qualifiée et apportant des compétences recherchées dans les secteurs en tension’. En plus ‘l’ouverture a aussi permis de lutter contre le travail non déclaré, d’où une plus grande conformité aux normes de travail légales, une meilleure cohésion sociale et une augmentation des recettes des États provenant des impôts et des cotisations de sécurité sociale’, explique le rapport sur la libération de la croissance économique française. Il ajoute qu’elle a permis de ‘mieux financer les budgets et les systèmes de protection sociale des pays accueillants’. Pour les experts, membres de la commission, l’immigration a aussi ‘un effet positif sur la croissance si le marché du travail est assez flexible pour l’absorber’. Tout en avertissant qu’à l’inverse, ‘s’il l’est trop, et si les conditions légales de travail ne sont pas respectées, l’immigration peut peser sur les salaires comme sur les conditions de travail. Elle peut aussi créer les conditions d’une intégration difficile si celle-ci n’est pas rigoureusement préparée’.
En faisant le diagnostic de l’économie française, le rapport indique qu’en France, ‘en raison de la situation démographique du pays et de la politique restrictive de l’immigration, les entreprises françaises peinent à trouver la main-d’œuvre nécessaire dans plusieurs secteurs-clés de l’économie : le bâtiment, le commerce, l’industrie lourde, l’hôtellerie, la restauration, les services de santé et l’agriculture’. ‘De même, nos entreprises et nos instituts de recherche rencontrent des difficultés pour faire venir en France les meilleurs chercheurs mondiaux’, déplore-t-il.
Et de rappeler qu’avec la fermeture des frontières à la fin de l’année 1974, ‘le lien entre migration et économie est devenu plus complexe’. ‘Les étrangers qui résidaient et travaillaient en France ont bénéficié soudain d’un avantage comparatif. La crainte de ne pouvoir revenir en France après un retour dans leur pays d’origine a bloqué leur mobilité et renforcé le regroupement familial. Cependant, l’affirmation d’une immigration essentiellement familiale masque la réalité : si les étrangers entrent au titre de l’immigration familiale, qui est la voie la plus sûre, les adultes (qui constituent 65 % des arrivants intègrent le marché du travail – on estime que 75 % d’entre eux ont un emploi’, explique le rapport. ‘Au total, l’immigration de travail renforce la croissance en accroissant la population active et l’emploi, en soutenant la construction immobilière, donc la demande, et en augmentant les recettes fiscales. Ainsi, l’augmentation du volume d’emploi grâce à l’immigration se traduit par un effet positif et significatif sur le niveau d’activité dans l’économie, chiffré à 0,1 point de croissance pendant un an pour l’arrivée de 50 000 nouveaux migrants une année donnée’, insistent Jacques Attali et son équipe. Pour qui, ‘si l’arrivée d’immigrants ne peut être considérée comme une solution de long terme au vieillissement de la population (il faudrait un nombre extrêmement important d’immigrants – 920 000 personnes par an – pour maintenir le rapport entre actifs et inactifs), l’immigration peut permettre de remédier à des pénuries de main d’œuvre’. Avant de souligner que l’immigration ‘ne peut, ni ne doit empêcher le retour à l’emploi des jeunes non qualifiés. Elle ne peut ni ne doit rendre plus difficile l’intégration des moins formés’.
L’immigration ‘choisie’ comme panacée
C’est pourquoi ‘des politiques doivent donc être mises en œuvre pour attirer la main-d’œuvre nécessaire sans nuire aux besoins des pays d’origine ni peser sur les salaires en France’. C’est la fameuse immigration choisie de Nicolas Sarkozy. La seule différence, c’est que le rapport estime que la politique des quotas n’est pas adaptée aux besoins de l’économie française. ‘La politique des quotas ne semble pas la mieux adaptée : une ouverture sur des critères de qualification plutôt que de métier serait plus appropriée. Ainsi, l’ouverture devrait être immédiate pour les diplômés d’une université d’un niveau reconnu’, propose le rapport.
En plus de cette proposition, Jacques Attali et son équipe indiquent plusieurs mesures à prendre pour favoriser l’immigration, surtout de travail. ‘Simplifier la délivrance d’autorisation de travail pour les travailleurs étrangers’ est le maître mot du rapport. Pour le document, ‘la délivrance d’autorisation de travail doit d’abord être simplifiée pour les ressortissants qualifiés des huit nouveaux pays membres (de l’Union européenne) encore concernés par des restrictions’. Il soutient également que ‘les travailleurs, les chercheurs et les artistes qui viennent en France pour raison professionnelle (stage, formation, Cdd, mission ponctuelle, etc.) doivent bénéficier de beaucoup plus larges facilités en matière d’octroi de visa et d’autorisation de travail selon leur compétence’. Comme cela se fait en Norvège et au Royaume-Uni, où ‘les travailleurs étrangers hautement qualifiés doivent être autorisés à venir chercher du travail pour une durée déterminée sans exiger qu’ils soient en possession d’un contrat de travail ou d’une proposition d’embauche’. Alors que ce n’est pas le cas en France. C’est pourquoi, ‘il faut inverser la charge de la preuve du besoin de recrutement d’un étranger pour occuper un emploi déterminé : lorsqu’une entreprise dépose une offre d’emploi à l’Anpe (Agence nationale pour l’emploi, Ndlr) ou auprès des autres opérateurs du Spe (Service public de l’emploi), et si, au bout d’un certain délai (3 mois), si celle-ci n’a trouvé aucun candidat français qui lui convienne, un titre de séjour avec autorisation de travail est délivré de plein droit à un candidat étranger. Par ailleurs, une entreprise ne devra plus, si elle veut accentuer sa dimension internationale, avoir à faire la preuve qu’il n’est pas possible de trouver un équivalent français pour recruter un étranger’ propose l’équipe de Jacques Attali.
Moustapha BARRY
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