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Jour J-9 : L'Amérique si proche de l'élection d'un président noir
Le 4 novembre prochain, les Américains éliront leur 44e président de la République. Et pour la première fois de son histoire, la puritaine Amérique risque d’avoir un chef d’Etat noir.

Moins de 5 points en trois jours. C’est le recul enregistré par le camp démocrate Barack Obama durant un récent sondage. Et cela à quelques jours de l’élection présidentielle américaine du 4 novembre prochain. Même s’il est toujours en tête des sondages, son avancée sur John McCain s’est quelque peu effritée. Du moins présentement. Qu’est-ce qui est donc réellement arrivé ?

Est-ce parce que l’heure de vérité approche que les intentions de vote changent ou est-ce parce que le candidat démocrate paie de sa pause de deux jours pour aller au chevet de sa grand-mère malade au Kansas ? Les interrogations peuvent certes se multiplier encore, mais Barack Obama semble marcher inexorablement vers la Maison Blanche. Depuis les primaires, tout tourne à son avantage.

L’Amérique semble plus que jamais déterminée à faire le grand saut : élire un Noir comme président de la République ; même si les républicains n’ont pas encore dit leur dernier mot. Réputés qu’ils sont à pouvoir faire tourner en avantage, à la dernière minute, les situations les plus rocambolesques. L’on se souvient encore des épisodes d’Ohio en 2000 et de Floride en 2004. Joe Biden, le colistier de Barack Obama, l’a très bien compris en envoyant récemment des millions de messages aux Américains pour leur dire de faire attention à cette spécialité des républicains. De ne pas tomber dans leur traquenard, à quelques jours de la présidentielle et au moment où Obama a la faveur de tous les pronostics. Déjà, McCain a essayé en vain de briser cette ‘obamania’ en jetant son dévolu sur Sarah Palin. Une femme, avec tout ce que cela représente comme symbole dans la société américaine, pour contrer l’autre symbole : l’homme noir qui est supposé être incarné par Barack Obama.

Toutefois, on ne peut pas reprocher aux républicains ces subterfuges. A y regarder de près, Obama lui-même en a utilisé, en allant rendre visite à sa grand-mère blanche dans le Kansas. C’est une façon pour le Noir qu’il est de se rapprocher davantage de l’Amérique blanche, de la femme américaine, mais aussi de montrer son attachement à la famille qui est très important aux Etats-Unis. Il l’a fait aussi à un moment critique, lorsque pour la première fois, les sondages l’ont crédité de deux chiffres (10 points) d’avance sur son rival républicain, John McCain. Il a suspendu, pour deux jours, sa campagne. A ses risques et périls certes, mais à (c/s)es calculs aussi. Obama a, par ailleurs, réussi à faire oublier son second prénom Hussein et un supposé Ossama qui rappellent les noms de Saddam Hussein et à d’Ossama Ben Laden. Des noms qui renvoient à l’islam, mais aussi et surtout au terrorisme.

Quoi qu’il en soit, Obama a aussi tiré profit des multiples errances du président sortant, le républicain George W. Bush. Des entêtements qui vont certainement perdre le camp républicain et John McCain. D’autant que l’effet escompté Sarah Palin ne s’est pas produit, que Joe Biden joue à merveille son rôle de colistier et qu’Obama est toujours indétronable dans les intentions de vote. Même dans les Etats clefs que sont l’Ohio, la Pennsylvanie et la Floride. Dans ce dernier Etat, Obama, qui est le candidat qui a le plus récolté de fonds dans toute l’histoire électorale des Etats-Unis d’Amérique, vient d’y consacrer 39 millions de dollars pour le dernier virage.

C’est dire que les élections américaines sont très coûteuses. Trop coûteuses. Mais, même si cette campagne est coûteuse, elle n’est pas, pour autant, perceptible dans les rues américaines, comme on peut s’y attendre ailleurs dans le monde. C’est que, traditionnellement, les Américains dépensent énormément dans la communication interpersonnelle (mailing, Sms, porte-à-porte etc.), spots publicitaires (radio et télé) et autres. D’où l’importance attachée au spin doctors. Ces spécialistes de la communication qui travaillent l’image de leur candidat. Et là aussi, l’équipe de Barack Obama est nettement en avance. Même les prestigieux journaux New York Times et Washington Post votent Obama. Le sénateur de l’Illinois, qui a aussi la sympathie d’une bonne frange du clan Kennedy et des descendants de Dwight Eisenhower entre autres, vient d’enregistrer un soutien de taille, celui de Colin Powell. Un proche de Bush-père (commandant en chef des forces alliées durant la première guerre du Golfe) et ancien vice-président de Bush-fils durant son premier mandat, républicain jusqu’à la moelle des os. Il a décidé de soutenir Obama pour certainement dire qu’il ne partage pas l’héritage républicain. C’est aussi un Noir qui a assumé des fonctions de secrétaire d’Etat des Etats-Unis tout comme Condolezza Rice, l’actuelle.

Ces expériences portent à croire que la première puissance du monde a dépassé les considérations raciales et est prête à élire un président noir. Un président de père kenyan, de mère américaine, née aux îles Hawaii et ayant vécu en Indonésie. Un homme qui résume éloquemment la société américaine qui est un melting pot. Seulement, la grande équation est le Far West où des Etats comme le Nevada, le Nouveau Mexique ou le Colorado ont une population à plus de 20 % hispanique, la minorité majoritaire. Il s’y ajoute que dans le Far West, comme c’est le cas dans l’Utah, l’Idaho et l’Oregon, se sont développées beaucoup de banlieues résidentielles. Des faits qui peuvent avoir des impacts considérables sur le vote des Etats et des grands électeurs. C’est ici que semble être le nouveau centre d’intérêt de la prochaine présidentielle pour le sénateur de l’Arizona, né au Panama et ancien vétéran de la guerre du Vietnam, et le jeune, beau et charismatique sénateur noir de l’Illinois.

Aly DIOUF

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