Aziz SOW, ministre du Nepad, de l'Intégration économique africaine et de la Politique de bonne gouvernance ‘Wade n'a jamais remis en cause l'attribution des postes lors du dernier Sommet de la Cedeao’

A aucun moment du dernier Sommet des chefs d'Etat de la Cedeao, le président Wade n'a soulevé la question de l'inversion des attributions du nouveau secrétariat exécutif, entre le Sénégal et la Sierra Leone. Inversion qui a attribué à notre pays le poste commissaire développement humain et genre en lieu et place de celui en charge du commerce, de la douane et de la libre circulation des personnes et des biens qui revient à Freetown. Le ministre du Nepad, de l'Intégration économique africaine et de la Politique de bonne gouvernance, Aziz Sow, dans l'entretien qu'il nous a accordé, revient aussi sur les Accords de partenariat économique Ue/Afrique de l'Ouest.
Wal fadjri : Qu'est-ce qui est à l'origine de l'attribution de la Commission chargée du développement humain et du genre à notre pays lors du dernier Sommet de la Cedeao ?
Aziz Sow : Le dernier Sommet s'est tenu à Ouagadougou le 19 janvier après le Conseil des ministres qui s'est tenu au mois de décembre.
Le thème essentiel de cette rencontre était d'abord de valider la transformation du secrétariat exécutif en commission, et accessoirement d'écouter le rapport du comité ad hoc qui a été mis en place pour la Côte-d'Ivoire, et analyser la nouvelle situation en Guinée avec les émeutes et la grève générale.
La nouvelle commission a été validée avec neuf membres dont un président et un vice-président et sept commissaires attribués à certains pays de façon à permettre une rotation, mais aussi en tenant compte du fait que certains pays assurent déjà des responsabilités au niveau de certaines des institutions, notamment au niveau de la Cour de justice, du Parlement et de l'Organisation commune de gestion de la santé.
C'est ainsi que dans ces attributions, le Sénégal s'est vu confier la commission développement humain et genre. Développement humain s'entendant dans son acception la plus large à savoir l'éducation et la santé, deux volets étant essentiels avec comme recommandation du chef de l'Etat que ce poste soit occupé par une femme pour respecter le principe de l'égalité et du genre au sein des instances de la Cedeao.
Wal fadjri : Il a été beaucoup question de frustrations de la partie sénégalaise en ce qui concerne l'attribution de ces postes. Qu'en dites-vous ?
Aziz Sow : En fait, ce n'était pas une frustration. Seulement, le problème est que, dès l'entame des discussions sur l'organisation de cette commission, la partie burkinabé avait proposé à ce que le Sénégal puisse être partie prenante de cette formule de commissaires, eu égard au rôle que notre pays a joué au niveau de l'Uemoa, notamment dans la définition du Tarif extérieur commun et de la libre circulation des personnes et des biens, mais aussi dans la définition des éléments relatifs à la douane, au commerce et dans l'engagement du Sénégal dans les négociations avec l'Union européenne, surtout avec les accords de partenariat économiques (Ape).
Et l'on sait que le commissaire chargé de ce volet à l'Uemoa est un Sénégalais. Et même l'Uemoa a été coopté par la Cedeao comme facilitateur dans ses discussions avec l'Ue.
C'est fort de cette déclaration du président burkinabé lors de la rencontre d'Abuja, et conformément à ce qu'on nous avait informé, que l'on s'attendait à ce que le poste lié au commerce, à la douane et à libre circulation des personnes et des biens revienne au Sénégal. C'est par la suite qu'on a appris que ce poste a été attribué à la Sierra-Leone et c'est celui du développement humain et genre qui nous revenait désormais.
Naturellement, on s'est posé des questions. Mais quand j'en ai rendu compte au président Wade, il en était même ravi car n'oubliez pas que ces questions figurent en bonne place dans le Nepad. Et puis, il faut savoir que si on a une commission paritaire totalement égalitaire entre hommes et femmes au niveau de l'Union africaine, c'est essentiellement dû à la proposition que le président Wade avait faite à Durban, en Afrique.
Et pour en revenir à ce dossier, je vous apprends qu'une fois à Ouagadougou, c'est le président en exercice de la Cedeao, le Nigérien Tandja qui a sollicité ses pairs en leur montrant deux documents. L'un portant la décision initiale qui attribuait au Sénégal le poste de commissaire chargé du commerce, de la douane et de la libre circulation des personnes et des biens qu'il a lui même signé. L'autre a inversé ces attributions entre le Sénégal et la Sierra-Leone. Le problème a été posé directement par Tandja, et qui a été au centre des discussions, à huis clos, des chefs d'Etat.
En définitive, retenez que ce n'était pas une revendication. C'était plus grave dans la mesure où on se retrouvait devant un cas de falsification. Le texte officiel a été falsifié pour être publié différemment au niveau du journal officiel, et cela a nécessité d'ailleurs que dans les conclusions de ce huis clos, il a été demandé qu'une enquête soit menée puisque le secrétaire exécutif Chambaz a donné un certain nombre d'explications et a sollicité qu'on l'autorise à commanditer une enquête en interne pour voir comment cela a pu se faire.
Mais à aucun moment, cette question n'a été posée directement par le président Wade. Ça fait l'objet d'une discussion car ça peut jouer sur la crédibilité des décisions de l'institution et dans cette enquête qui a été menée, il a même été recommandé qu'une commission soit mise sur pied pour voir la concordance entre les décisions prises et leur application, c'est-à-dire leur publication au journal officiel (de la Cedeao) et les autres conséquences qu'elle puisse entraîner.
Wal fadjri : Est-il question de se positionner pour un poste ?
Aziz Sow : Aucun moment, il n'a jamais été question pour le président Wade de se positionner par rapport à un quelconque poste.
Surtout qu'il a l'habitude de dire que peu lui importe la nationalité de celui qui occupe une fonction, l'essentiel étant qu'il soit la meilleure compétence. Il l'a expliqué et appliqué notamment quand il s'est agi, pour l'Uemoa, de désigner le président Soumaïla Cissé (un Malien) au poste qui revenait au Sénégal, de tout temps. Et il a accepté, compte tenu de l'expertise et de l'expérience de M. Cissé, de ne pas présenter une candidature sénégalaise, mais plutôt de soutenir sa candidature. La seule fausse note, si on peut l'appeler ainsi, est intervenue quand il s'est agi de désigner le président de la Boad pour remplacer Yayi Boni (élu président du Bénin) puisque le principe de la rotation avait été accepté et revenait aussi sur le fait qu'on avait les meilleures compétences.
Le Sénégal avait jugé que l'ancien directeur général de la Bicis, Amadou Kâne, avait le profil pour occuper ce poste. Et quand ce poste lui a été posé, le président avait même demandé à M Kâne d'aller voir tous les chefs d'Etat de l'Uemoa pour leur faire part de ses compétences à partir de son Cv pour leur laisser le soin de désigner.
Mais il s'est trouvé que cette question de la rotation n'a pas encore été réglée même si les chefs d'Etat sont d'accord sur le principe. Il appartient maintenant aux ministres de tutelle, notamment ceux en charge des Finances, d'élaborer un document dans ce sens qui puisse permettre que ce principe soit immuable autant pour les postes au niveau de la commission que pour les institutions comme la Banque centrale.
Wal fadjri : Le Sénégal a fait une concession au niveau de l'Uemoa, mais pour les autres institutions comme la Boad et la Bceao, la machine grippe toujours en ce qui concerne la rotation.
Aziz Sow : Jusqu'au 20 janvier dernier, il n'y avait pas d'accord. Il n'y avait que quelques velléités. D'aucuns se demandaient pourquoi on va maintenir l'attribution d'un poste à un Etat si les autres ont la compétence pour occuper ce poste surtout qu'il n'est nulle part écrit qu'un poste revient de droit à un tel Etat. Donc, il fallait de la souplesse, de la discussion.
Le Sénégal était à l'aise puisqu'il a apporté la preuve de sa bonne foi dans ce débat en ayant ‘lâché’ le poste de président de la Commission de l'Uemoa. Maintenant, tous les Etats sont d'accord sur le principe de la rotation, notamment la Côte-d'Ivoire pour ce qui concerne la Bceao et le Bénin pour la Boad. Mais il faut arrêter les règles et veiller sur les compétences.
Wal fadjri : La libre circulation des personnes et des biens dans l'espace Cedeao n'est pas encore effective avec la multiplication des postes de contrôle au niveau des frontières.
Aziz Sow : Il y a une superposition entre les pays membres de l'Uemoa où, a priori, ça va mieux et les pays de la Cedeao. Et même à l'intérieur de certains pays de l'Uemoa on note certains problèmes comme ce fut le cas, il y a quelques temps, entre le Sénégal et le Mali. Mais c'était surtout des questions d'indiscipline de certains chauffeurs.
On a noté, heureusement le cas du Burkina où il y a moins de difficultés pour traverser le pays qu'au Mali et d'autres pays comme le Sénégal, la Côte-d'Ivoire, entre autres. Une mission se rendra même à Ouagadougou pour voir comment les Burkinabé sont parvenus à surmonter ce problème.
Wal fadjri : L'intégration n'est-elle pas beaucoup plus effective au sein de l'Uemoa qu'au niveau de la Cedeao ?
Aziz Sow : On ne peut pas le dire de façon péremptoire. Il est vrai que l'Uemoa dispose de plusieurs instruments qui la facilitent. On n'a pas besoin d'échanger les monnaies, la langue commune, la libre installation, les habitudes. Ce qui n'est pas le cas de la Cedeao où les pays ont des vécus différents. C'est vrai qu'on a vécu beaucoup plus longtemps entre nous dans l'espace Uemoa qu'entre nous de la Cedeao. Mais ces barrières sont en train d'être levées.
Wal fadjri : En tant que ministre de l'Intégration africaine, où en êtes-vous avec la création de la monnaie commune au sein de la Cedeao ?
Aziz Sow : Il y a une deuxième zone monétaire en gestation qui va regrouper le Nigéria, le Ghana et les autres pays qui n'utilisent pas le Cfa. Et comme on le dit, arriver à créer cette règle avant de pouvoir harmoniser puisque dans la zone Cfa, nous avons moins de problèmes.
Maintenant la difficulté sera de pouvoir arriver à amarrer de façon définitive les autres monnaies qui existent dans la zone puisque certaines ne sont pas totalement convertibles. Il y a cette démarche de la création de la deuxième zone monétaire qui est en train menée avec l'assistance des techniciens et cadres de la Banque centrale.
Wal fadjri : Dans le cadre des accords de partenariat économique entre l'Union européenne et l'Afrique, de manière générale, les hommes d'affaires craignent le désarmement tarifaire. Quelle est votre position par rapport à cette crainte ?
Aziz Sow : Je n'ai pas de position personnelle parce qu'on joue un rôle de facilitateur. On est presque obligé de signer cet accord même si nous n'irons pas mains et poings liés. La mondialisation, les accords de l'Omc, etc., nous obligent à y arriver. Quand, comment ? Il faut qu'on arrive à préserver les intérêts de nos producteurs, de nos industriels, de nos hommes d'affaires.
La grosse difficulté est de pouvoir compétir. Il faut qu'on puisse être dans les conditions de pouvoir mettre sur le marché des produits de qualité pour qu'on puisse compétir au mieux. Surtout qu'il n'a plus de frontière dans ce domaine. Voyons ce qui nous provient de l'Asie et du Sud-est asiatique pour nous concurrencer directement dans ce que nous savions faire, à savoir le petit commerce.
Nous avons conscience de ces difficultés, et mon collègue du Commerce et de la Consommation est partie prenante de ce processus. Et nous sommes obligés de jouer le rôle de facilitateur de ne pas gripper la machine.
Wal fadjri : Ne pensez-vous pas que le délai est très court d'autant plus que l'échéance est fixée pour janvier 2008 ?
Aziz Sow : Certains disent que ça ne pourra se faire avant 2010, mais je crois que on a onze mois devant nous pour voir comment y arriver. Quand on allait à Cancun, pour les accords de l'Omc, on nous le fixait comme un dead line. Et tant qu'on est pas prêts, je ne pense pas qu'on puisse y arriver.
Wal fadjri : En tant que ministre en charge de Politique de bonne gouvernance, que pensez des multiples questions ayant trait à cette pratique au Sénégal ?
Aziz Sow : Avant l'alternance, combien y avait-il de presse ayant accès à l'information et aujourd'hui combien y a-t-il qui traitent toutes la même information. Et cette disponibilité fait que n'importe quelle petite affaire est portée en épingle.
Mais l'essentiel des cas qui ont été cités, à part deux ou trois cas, ont été comme des bulles. Ce qui importe ce n'est pas de nier que ça existe, mais qu'il y a des initiatives prises par l'Etat pour éviter la reproduction de telles choses. Une commission spéciale a été mise en place, et certains regrettent même qu'elle ne puisse pas s'autosaisir, les magistrats n'ont pas aussi cette prérogative.
Prenons le cas du dossier sur les chantiers de l'Anoci. Qui peut nous conforter dans l'idée qu'il y a malversations ? Jusqu'à présent, il n'y a aucune preuve de malversations.
Wal fadjri : Six ans après sa création, le Nepad semble marcher sur la tête.
Aziz Sow : Vous avez raison, et je vous le concède. A l'origine, le président, avant d'entrer dans le Nepad, avait conçu le plan Omega qui a été fusionné avec le Map et à l'époque les spécialistes de la question soutenaient que le Nepad est la fusion entre un manifeste et un plan d'actions (Omega). Il était allé jusqu'à son mode opératoire. Il a segmenté le continent africain en cinq zones et de rée un management par zone avec des spécialistes à qui on va confier des projets déjà identifiés.
Ces projets ont été identifiés à Dakar en 2002 où on a intéressé le secteur privé en leur montrant des projets fiables. Mais au lieu de s'attaquer à la phase d'application, on a mis en place un secrétariat en Afrique du Sud qui est beaucoup plus de l'administratif et qui en 2007 est en train de faire encore du plaidoyer. La meilleure argumentation est de montrer par exemple le tronçon de route que le Nepad a construit.
Le président Wade a même conseillé de rattacher ce secrétariat à l'Union africaine car on ne peut pas développer le continent en deux vitesses.
Wal fadjri : Où en êtes-vous avec la compagnie régionale des transports aériens ?
Aziz Sow : La Cedeao, tout comme l'Uemoa, est en train de travailler sur la création de cette compagnie régionale à dominante privée. On veillera à ce que ce qu'il n'y ait pas de position dominante des Etats pour éviter le syndrome d'Air Afrique qui a périclité par le non-paiement, par les Etats, de leurs cotisations.
Recueillis par Johnson MBENGUE
|