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Ces preuves et témoignages qui accablent Latif Aïdara

Dans le document ayant sanctionné les négociations de Cacheu, le 17 avril 1992, le nom de Latif Aïdara apparaît bien dans la structure collégiale provisoire créée en lieu et place des organes du Mfdc. Il y occupait le poste de directeur politique. Les témoignages dont celui d'Abdoulaye Diédhiou, le plus proche collaborateur de feu Sidy Badji, confirment que le conseiller spécial du chef de l'Etat fut bien un rebelle. Ce que ce dernier continue de nier avec véhémence.

(Correspondance) - Le conseiller spécial du chef de l'Etat chargé de la question casamançaise a-t-il flirté, à un moment de sa vie, avec le Mouvement des forces démocratiques de Casamance ? Si Latif Aïdara nie avoir milité dans ce mouvement irrédentiste qui, depuis vingt-deux ans, lutte pour l'indépendance de la Casamance, des preuves dont nous disposons et les témoignages recueillis auprès de personnes ayant assisté aux négociations du 17 avril 1992 à Cacheu, en Guinée-Bissau, donnent raison à ceux qui accusent le chargé de mission du président de la République d'avoir milité au sein du mouvement rebelle. Dans le document qui a sanctionné ces négociations dites de Cacheu, le nom de Latif Aïdara apparaît bien dans la structure collégiale provisoire créée en lieu et place des organes du Mfdc. Il s'agissait du secrétariat général et du bureau central.

Cette nouvelle structure à laquelle avait été assignée la mission de traiter avec la Commission de gestion de la paix et la partie garante et de conduire les négociations avec le gouvernement, était dirigée par l'abbé Augustin Diamacoune Senghor. Entre autres personnalités figurant dans ce nouvel organe suprême du mouvement rebelle comptant quinze membres, il y avait Sidy Badji, premier vice-président, Léopold Sagna, deuxième vice-président, Souaïbou Kamougué Diatta, secrétaire général, Abdoulaye Diédhiou, secrétaire aux affaires extérieures, Bertrand Diamacoune, élu secrétaire, mais surtout un certain Latif Aïdara qui occupait le poste de Directeur politique. Outre la décision de mettre sur pied cette nouvelle structure, la conférence à laquelle avait également pris part une délégation gouvernementale conduite par le député libéral Marcel Bassène, avait décidé de l'arrêt immédiat et inconditionnel de toutes activités contraires à la paix incarnée par l'acte de cessez-le-feu. Quel rapport y a-t-il entre le directeur politique d'alors du Mfdc et l'actuel chargé de mission à la présidence de la Républiquen chargé de la question casamançaise ?  Nous avons cherché la réponse auprès de ceux qui étaient présents ce 17 avril 1992 à Cacheu et qui avaient assisté à ces négociations ponctuées par un document signé pour le mouvement rebelle par l'abbé Diamacoune, pour la partie garante par Samba Lamine Mané, alors ministre bissau-guinéen de la Défense et pour le gouvernement par le général Doudou Diop et le coordonnateur de la paix Marcel Bassène. Un témoin de la rencontre de Cacheu que nous avons interrogé, se déclare indigné de voir Latif Aïdara refuser de reconnaître son militantisme au Mfdc "qu'il a pourtant représenté en plusieurs occasions". Ce même état d'âme habite Abdoulaye Diédhiou, secrétaire à l'aile intérieure du mouvement irrédendiste, qui dénonce la "mauvaise foi" de Latif Aïdara. "Nous étions ensemble en Guinée-Bissau où nous représentions, Latif, les autres et moi la délégation du Mfdc", raconte-t-il avec étonnement.

Le proche collaborateur de feu Sidy Badji, fondateur du maquis, rappelle que M. Aïdara est venu dans le mouvement quelques années après sa création. "Après son adhésion, il jouait le rôle de secrétaire politique dans le département de Bignona où, comme moniteur, il participait à la formation idéologique des jeunes dans les villages". Une formation qui, révèle Abdoulaye Diédhiou, "avait comme finalité de convaincre ces jeunes du droit de la Casamance à l'autodétermination, et donc à l'indépendance pour les inciter à embrasser le maquis".

Dès lors, pourquoi malgré toutes ces preuves que détient pourtant l'Etat, d'après Abdoulaye Diédhiou, le gouvernement dans la recherche de la paix persiste à maintenir quelqu'un dont la présence en face du Mfdc peut gêner les négociations ? Quel intérêt Latif Aïdara a-t-il à nier avoir milité au sein du Mfdc ? Ce sont là quelques-unes des questions sur lesquelles nous avons voulu interpeller le conseiller spécial du président de la République. Mais ce fut pour nous entendre répondre qu'il n'avait plus rien dire sur la question, sauf qu'il maintient qu'il n'a jamais milité au Mfdc.

Mamadou Papo MANE

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