Maltraitance et abus sur les enfants : Les indices de vulnérabilité du Sénégal face au fléau En prélude à la Journée mondiale de l’enfant, le Centre de guidance infantile et familiale (Cegid) a procédé hier, à son siège sis la route du Front de Terre, au lancement du programme pilote de lutte contre les pires formes de travail des enfants. Cerise sur le gâteau, son directeur, le psychologue Serigne Mor Mbaye, en a profité pour annoncer la mise en place prochaine, sur le site de Grand Yoff, d’un second observatoire de lutte contre la maltraitance et les abus sexuels sur les enfants.
Le Sénégal présente des indices élevés de vulnérabilité qui ne militent pas en faveur de la promotion des droits de l’enfant. Le Centre de guidance infantile et familiale (Cegid) qui fait le constat, cite le dernier rapport de l’Unicef qui met en relief le faible niveau de l’indice de développement humain. Sur les 174 pays, le Sénégal vient à la 153e position. Un autre problème auquel le Sénégal se trouve confronté, est son taux brut de scolarisation qui se situe à 86 %. Selon la même source, au Sénégal, le nombre d’enfants ayant besoin de mesures spéciales de protection, est estimé à 40 000 garçons, dont plus de 80 % sont enrôlés dans des activités de production de biens et services. A cette enquête, viennent s’ajouter des statistiques du ministère de l’Education montrant qu’en 2005, le Tbs est passé à 80,6 % pour les filles contre 84,4 % pour les garçons. Mais près de 50 % de ces filles n’atteignent pas le Cm2, et sur les 50 % restants, seuls 24 % parviennent au Bfem. A ce même rythme, souligne-t-on, sur les 24 %, seules 3 % arrivent en Terminale.
Selon le directeur du Cegid qui se prononçait en présence du maire de Grand Yoff, des représentants du réseau Siggil Jiggen, de Terre des hommes, de l’Asbef, de la police, de services de santé qui accompagnent le présent projet, cette situation découle de facteurs bloquants qui sont d’ordre académique, économique et socioculturel, notamment les mariages précoces, les violences faites aux filles, le travail domestique précoce en violation aux droits protégeant les enfants. Et les mécanismes ou outils qui devaient permettre de faire face à ce mal grandissant, n’ont pas être déterminants. Selon des recherches réalisées par le Cegid sur le site de Dakar, il a été identifié les systèmes formels et informels de gestion des cas d’abus sexuels. Il ressort de cette enquête que ces structures traditionnelles ou institutionnelles sont quasi inopérantes. Les résultats de cette même étude renseignent des relations insidieuses qui existent entre l’exploitation sexuelle des enfants et l’infection au Vih/Sida. En effet, retient l’étude du Cegid, les conditions dans lesquelles se déroulent ces abus, et le fait que les victime soient encore vulnérables à cause de leur sexo-spécificité ou immaturité biologique, suffisent pour mesurer l’impact de tels actes sur non seulement la santé mentale, mais aussi physique des enfants victimes. S’y ajoute, fait noter le psychologue, la croyance aux mythes de reconstruction comme ‘avoir une relation sexuelle avec une vierge ou un jeune enfant peut guérir du Sida ; ou alors vouloir prévenir l’infection en entretenant des relations sexuelles avec des mineurs’, favorise aussi la propagation de l’infection au Vih/Sida chez les enfants.
Au plan social, la destruction de la cellule familiale et l’affaiblissement des valeurs culturelles et morales constituent une combinaison dangereuse de facteurs de vulnérabilité et prédisposent la jeunesse aux dangers permanents de l’agression sexuelle. En 2007 par exemple, il a été recensé près de 400 cas de viols et d'agressions sexuelles. Et Dakar, Kolda, Diourbel, Louga, Matam et Tambacounda sont de façon graduelle les régions les plus touchées, souligne le document dont on a reçu copie.
De même, il a été démontré dans les recherches effectuées par le Cegid que les dérives de la mondialisation et le regain d’un certain tourisme sur fond de précarité économique prédisposent les pays sous-développés au ‘tourisme sexuel’. D’autre part, signale Serigne Mor Mbaye dans l’étude, la technologie numérique et l’Internet ont nettement renforcé la capacité des agresseurs sexuels d’enregistrer, de stocker… d’importantes collections de pédo-pornographie. Ce que les défenseurs des droits de l’enfant ont qualifié hier de nouvelle ‘race d’agresseurs en ligne’.
Ainsi, selon le directeur du Centre de guidance infantile et familiae (Cegid), ce nouveau projet financé par l’Etat et étalé sur une durée de trois ans (2009-2012) permettra d’informer et de sensibiliser davantage, seul moyen de préparer les jeunes, en particulier les filles en leur donnant des outils nécessaires pour développer chez eux, une méfiance ‘positive’ devant chaque situation potentiellement dangereuse. Il s’agira aussi, selon Serigne Mor Mbaye, de tisser autour d’eux des liens de solidarité face au danger des abus sexuels, afin qu’ils grandissent librement sans traumatisme et sans handicaps. Dans la même lancée, il a été prévu la création d’un observatoire qui sera logé dans les locaux du Cegid à Grand Yoff, commune d'arrondissement la plus peuplée du département de Dakar avec une population de 350 000 habitants. Cet instrument devant fédérer toutes les organisations impliquées, va œuvrer pour la protection des enfants.
SERIGNE MOR MBAYE (PSYCHOLOGUE) :
‘La plupart des dossiers d'enquête policière d'abus sexuels sont pauvres’
Pour une bonne prise en compte de la question de l'enfant victime d'abus sexuel ou de maltraitance, il est nécessaire de mener des actions de prévention pour garantir leur accompagnement psychosocial et de développer une approche préventive centrée sur lui, à travers un mécanisme d'échange, de formation, d'information et de sensibilisation. Le psychologue Serigne Mor Mbaye qui soutient cette position, estime que cela aidera les populations et autres partenaires sociaux à mieux protéger les enfants, à assurer l'orientation et le conseil aux familles de victimes et obtenir une meilleure connaissance du phénomène de l'exploitation sexuelle des enfants. Le directeur du Centre de guidance infantile et familiale (Cegid) est d'avis que la plupart des dossiers d'enquête policière sur les cas d'abus sexuels sont pauvres aussi bien dans le fond que dans la forme. Le psychologue s’en explique : les policiers enquêteurs ne savent pas, le plus souvent, poser les questions qu'il faut pour obtenir la bonne réponse, par conséquent la bonne information d'un enfant victime de cette atrocité. ‘Il semble que le pouvoir judiciaire n'ait pas été formé à prendre en charge certains types de violence’, se désole ce militant des droits de l'enfant.
Le Dr Mbaye s’étonne même de voir un médecin délivrer un certificat médical collectif lors du procès en pédophilie contre le marabout Wilane à Diourbel. De la même manière, il a été outré par la décision du tribunal régional de faire défiler à la barre les victimes dont les parents n'ont pas osé se présenter à l’audience pour ne pas être reconnus comme étant la mère ou le père d'une fille violée. Pour toutes ces raisons, le directeur du Cegid souhaite que tous les acteurs soient au courant des abus sexuels. A ce niveau d'ailleurs, Serigne Mor Mbaye estime qu'il est grave qu'il ne soit disponible au Sénégal assez de données ou analyses sur la question.
Abdoulaye SIDY
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