Reflet Politisation de la réduction du coût de la dialyse :
De la décence, Monsieur le Ministre de la Santé…
Sous peu, le ministre de la Santé et de la Prévention fera une ‘importante’ déclaration sur la prise en charge de l’insuffisance rénale. Voilà ce que les agents du ministère ne cessent de nous servir depuis plus de deux semaines, en attendant l’annonce en grande pompe de Modou Diagne Fada. Hier, à l’occasion de la journée d’orientation en prélude de la Journée mondiale du rein qui sera célébrée le 12 mars 2010 à Khombole, c’était au tour de son conseiller technique en communication de revenir à la charge. ‘Le ministre fera une déclaration dans quelques jours pour répondre à la requête des hémodialysés et insuffisants rénaux’, dit-il.
Qu’est-ce que le ministre de la Santé et de la Prévention a-t-il de si important à annoncer au point d’aiguiser chaque jour la curiosité des journalistes ? Au point qu’on lui en laisse la primeur ? Rien d’autre que ‘la réduction du coût de la dialyse’. Point final. Le vendredi 12 mars prochain sera certainement le jour J pour Modou Diagne Fada de faire cette annonce. Ce sera à Khombole, à l’occasion de la Journée mondiale du rein. Que les journalistes ne s’y trompent pas, ce sera l’information phare.
Mais Monsieur le Ministre, a-t-on besoin de politiser à ce point une décision aussi vitale, sur le dos des malades ? Certes, la décision sera bien accueillie par les dialysés et insuffisants rénaux, ainsi que leurs parents. Puisque c’est une décision qui contribue à sauver des vies, car rendant la dialyse accessible financièrement pour les malades. Mais ne pas retarder l’entrée en vigueur de la décision aurait eu plus d’impact pour les bénéficiaires puisque, entre-temps, un malade pourrait succomber faute de moyens de prise en charge.
En effet, les malades souffrant d’insuffisance rénale ne peuvent plus s’en sortir face au coût exorbitant de la dialyse. Une séance de dialyse revient à 50 mille francs. Et pour être épuré normalement, il faudrait au minimum trois séances par semaine. Ce qui fait une facture de 150 mille francs par semaine et 650 mille francs le mois. ‘Aucun Sénégalais qui gagne sa vie normalement ne peut prendre en charge ces frais’, s’en était désolé Ibrahima Diaw, secrétaire général de l’Association sénégalaise des hémodialysés et insuffisants rénaux (Ashir), rencontré lors d’un atelier sur l’accessibilité financière et géographique de la dialyse. C’est ainsi qu’ils avaient demandé aux autorités de baisser le coût de la dialyse, pour le ramenant entre 5 000 et 10 000 francs la séance.
L’insuffisance rénale au Sénégal pose un problème de prise en charge. Les séances de dialyse sont totalement incompatibles avec les niveaux de revenus pratiqués dans ce pays si bien qu’une personne victime de cette pathologie a très peu de chances de s’en sortir. A cela s’ajoute le fait que parmi les malades, ‘seules 120 personnes sur 6 000 sont élues actuellement aux séances de dialyse’, ce qui est catastrophique. Pis, ‘il n’existe, au Sénégal, aucun système de prise en charge adéquat. La lutte contre les maladies du rein n’est pas encore érigée en programme. Juste un point focal a été nommé. Au demeurant, on y compte, à peine, dix Néphrologues. Il n’existe, par dessus le marché, aucun Service de Néphrologie organisé dans notre pays’.
Avec la réduction du coût de la dialyse, le Pr Ibra Der Thiam peut pousser un ouf de soulagement. Lui qui, il y a un an, avait adressé une correspondance portant question orale au président de l’Assemblée nationale en ce sens
Non, Monsieur le Ministre de la Santé, il ne s’agit pas seulement d’annoncer la nouvelle pour pouvoir crier victoire sur la pathologie. Le plus important reste le suivi, l’application. Le plus important, c’est de faire en sorte que cette décision soit appliquée et respectée au niveau des centres de dialyse, éviter que cette décision ne subisse le même sort que le Plan Sésame.
I. NIANG
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