Euro-2008 Un Euro et quelques pistes Le championnat d'Europe qui s'est achevé dimanche sur la victoire de l'Espagne a constitué une promotion idéale pour le football offensif, et battu en brèche quelques idées reçues sur les recettes qui font gagner.
Idée reçue n°1 : On ne change pas une équipe qui gagne
Les échecs de la Grèce, tenante du titre, de la France et de l'Italie, finalistes de la dernière Coupe du monde, ont un point commun. Ils ont été enregistrés avec une écrasante majorité de joueurs associés à la campagne précédente. Une fois de plus, comme l'Allemagne de la fin années 90, comme le Brésil de la dernière Coupe du monde, comme l'Italie post-82, la grande compétition a révélé que, sauf cas exceptionnel, il était difficile de copier ce qui avait marché une première fois. De repartir dans un grand tournoi avec une équipe-type peu ou pas rafraîchie. La frontière est mince entre le maintien de la confiance et la ''privatisation'' du maillot. Le commentaire peut aussi s'appliquer à la République tchèque, brillante en qualification, barrée à la première évidence par l'enthousiasme turc. Trouver une relève n'est pas une évidence, c'est certain. Mais c'est un autre débat...
Idée reçue n°2 : Il faut un bloc défensif de six joueurs
Il y a seulement cinq ans, le Real Madrid remportait la Ligue des champions avec un système de jeu en 4-1-3-2 qui relevait, pour la plupart des entraîneurs, d'un défi à la raison. Jacques Santini, du temps où il était sélectionneur, citait expressément ce système comme une impossibilité, à l'heure d'expliquer que Zidane, Wiltord, Pires, Henry et Trezeguet ne joueraient pas en même temps. La défense à quatre et en zone s'étant généralisée, toutes équipes, en club ou en sélection, faisaient jusqu'ici le choix d'évoluer avec au moins deux récupérateurs. L'Euro a daté ce parti-pris. L'Espagne (avec Senna), la Russie (avec Semak), l'Italie (avec De Rossi), le Portugal (avec Petit), la Croatie (avec N. Kovac) ont offert des alternatives : un seul joueur devant la défense, et pas forcément une armoire à glace. Cela ne veut pas forcément dire que les équipes sont plus imprudentes. Car cette évolution accompagne celle du profil des milieux offensifs : de plus en plus mobiles, puissants, complets et travailleurs.
Idée reçue n°3 : Le 4-4-2 offre le meilleur équilibre
Il avait fini par s'imposer à tout le monde, même au Brésil et à l'Allemagne, c'est dire. Le 4-4-2 avec deux meneurs excentrés n'est plus la référence suprême sur le plan de l'organisation tactique. Bien sûr, il n'est pas marginal. Mais l'Euro, comme le soulignait Arsène Wenger avant la finale, a vu augmenter les actions de toute les formes de 4-5-1 (avec un ou deux récupérateurs, meneur de jeu axial ou pas). Elles permettent de ''peser'' au milieu. L'Allemagne, par exemple, s'est hissée en finale en abandonnant son 4-4-2 pour un 4-2-3-1. Le 4-4-2 dans sa version à la mode est un système en losange (Italie), ou avec un seul récupérateur et trois relayeurs à vocation offensive. C'est ainsi que l'Espagne jouait avant la finale, avec Torres et Villa en pointe... lequel, Villa, officiait comme un vrai milieu quand l'équipe n'avait pas le ballon. C'est-à-dire en 4-5-1.
Idée reçue n°4 : La meilleure attaque, c'est la défense
La Grèce en 2004, la France et l'Italie en 2006 avaient introduit cette idée qu'un bloc défensif solide était la base de toute réussite, et que le contre était encore la façon la plus sûre de marquer, grâce aux coups de pied arrêtés ou à des joueurs explosifs en attaque. La victoire de l'Espagne est une démonstration presque caricaturale du contraire. Aucune équipe, plus qu'elle, à part peut-être la Russie, n'a autant besoin du ballon pour exister. Elle a gagné l'Euro en ''faisant'' le jeu. Tel était son projet, son identité, son besoin. Si elle a gagné, c'est évidemment parce qu'elle avait d'autres cordes à son arc, notamment un art défensif mieux maîtrisé et une capacité à contrer implacable. Mais son projet de jeu, lui, était résolument offensif. Il n'y a plus d'exception brésilienne.
Idée reçue n°5 : La puissance physique fait la différence
Là encore, la victoire de l'Espagne est une démonstration caricaturale du contraire. C'est tout simplement l'équipe la plus petite et la plus légère du tournoi qui l'a emporté. Même aux postes défensifs, la Seleccion ne culmine pas : 1m 83 pour Marchena, 1m 78 pour Puyol, 1m 78 pour Senna. Xavi, meilleur joueur du tournoi, pèse 67 kg pour 1m 70. Mêmes mensurations pour David Silva, le lutin de l'entrejeu ibérique. La démonstration concerne aussi Andrei Archavine, la révélation de l'équipe russe (1m 72, 62 kg), ou le mini-Cruyff Luka Modric, l'intenable milieu croate (1m 72, 65 kg). En football, c'est encore la mobilité du ballon et la technique individuelle qui peuvent faire la différence. Dressant le bilan de l'Euro, Michel Platini regrettait : ‘Je vois que dans les statistiques, on mesure le nombre de kilomètres parcourus. J'aurais préféré qu'on mesure le nombre de passes.’ Ça viendra, Monsieur le président. C'est le sens de l'histoire.
Par Cédric ROUQUETTE
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